lundi, novembre 10

Quel modèle économique pour le développement local?


La décentralisation en tant que facteur de consolidation de la démocratie et de promotion du développement local est une exigence pour la création de richesse, la participation des populations et la réduction de la pauvreté. Si on observe que les politiques publiques font désormais une part importante au transfert des compétences, on déplore dans la plupart de nos pays, l’absence de transfert de ressources qui limitent les ambitions. Les évidences indiquent qu’on ne devrait pas s’attendre à une amélioration sur cette question dans le moyen terme vu l’état de déliquescence dans laquelle se trouvent les caisses publiques. Il s’y ajoute que la crise financière internationale va se traduire sans nul doute par un fléchissement significatif de l’aide publique au développement. Il est donc impérieux de penser autrement et de faire bouger les lignes sur la problématique de la réalité du développement local et de son financement.

Lors d’un récent atelier organisé au Sénégal sur l’élaboration de la politique sectorielle de la PME, atelier auquel j’ai participé comme personne ressource sur les questions d’accès au financement des PME, j’ai soumis au groupe de travail, une proposition visant à créer une fonds d’investissement de proximité, un véhicule financier visant à mobiliser les ressources de particuliers ressortissant des régions. Je pensais beaucoup aux émigrés et aux autres investisseurs nationaux qui jusqu’ici, pour des raisons évidentes, se focalisent sur Dakar, la capitale et le plus grand marché du pays.

Si le groupe a reconnu la justesse de ma proposition, il m’a mis en défaut sur sa pertinence. L’argument avancé est que, ce dont les collectivités ont le besoin, c’est avant tout, la capacité à élaborer de véritables programmes de développement et d’ingénierie financière d’entreprises. Le groupe estime que si ces conditions sont remplies, le problème de financement ne devrait pas se poser vu qu’en même je proposais la création d’un marché de capital investissement pour renforcer les fonds propres des PME dans la tranche de 50 à 200 millions de Fcfa au plan national.

J’ai donc revu ma copie, convaincu qu’il faut une action conjuguée en vue d’une réponse efficace, c'est-à-dire associer les efforts qui sont développés pour promouvoir les opportunités économiques en milieu rural et qui se traduisent par l’émergence d’un secteur privé au niveau local à la promotion de nouveaux instruments financiers avec une constante : le développement des chaînes de valeurs ou d’approvisionnement qui associent, de manière collaborative, les acteurs de toutes tailles (petits producteurs et leurs associations, les petites et moyennes entreprises de biens et de services, les grandes entreprises et les partenaires stratégiques), quelle que soit leur localisation (rural, peri-urbain ou urbain, offshore, etc.), qui concourent à la production et à la compétitivité des produits sur les marchés nationaux, régionaux et internationaux.
En même temps, il faut s’offusquer de l’utilisation du concept d’économie sociale lorsque l’on parle du développement local. Cette conception donne une caractérisation qui peut faire penser que les métropoles sont créatrices de richesse et les régions, les demandeurs de pitance et de charité. Cf. mon article du 20 mai 2006 intitulé : « Mission Impossible pour la PME – Influence de l’école occidentale ou absence de rigueur ». Ce paradigme est préjudiciable aux efforts de développement.
Pensez à l’image réductrice qu’on colle à la microfinance : c’est la banque des pauvres. Dans l’administration, le développement local est souvent associé au développement social. Dès qu’on commence à penser développement local, c’est le « flou absolu dans notre tête », tout simplement pare que nous ne disposons pas de grille d’analyse adaptée. Nous ne sommes pas outillés pour ce travail et la facilité nous commande de prendre par le bout le plus facile : la charité qui veut dire donner sans attendre un retour. Alors que le développe exige des choix, une démarche logique de construction, dans la durée, qui mobile les acteurs autour d’objectifs partagés de bien-être collectif et futur.

De notre point de vue, il n’y a qu’une seule économie qui prend sa genèse dans un espace national (la territorialité) et qui échange avec le monde. L’urgence nous commande d’élaborer un construit intermédiaire qui lie l’espace aux activités économique et sociale, à l'innovation et aux compétences, ce que j’appellerai le Modèle Economique. Il permet de déterminer et d’opérationnaliser le plan de transformation d’une zone économique. Mobilisons nos énergies et ressources pour assister chaque région ou groupe de régions à développer son Modèle Economique et faisons de nos élus, de véritables acteurs de promotion économique et sociale, pour le bien-être des populations qui jugeront désormais sur les résultats.

Il est en effet certain qu’un modèle économique gagnant a de fortes chances de trouver du financement. Cependant pour aligner les flux financiers sur les flux physiques et faciliter la fludité des transactions, nous devons améliorer la palette de véhicules et d’instruments en développant les produits alternatifs de financement de filière et de proximité tels que le crédit bail, le capital risque, les fonds communs de placement associés à des incitations fiscales pour attirer dans les collectivités locales, l’épargne des émigrés et des investisseurs locaux. Les investissements socialement responsables offrent également d’excellentes perspectives. Ils permettent à l’investissement direct étranger (IDE) et aux grandes marques internationales, de développer au niveau régional, des entreprises d’envergure en mettant en valeur les ressources du terroir, pour créer de la richesse et des emplois, tout en préservant l’environnement.

La viabilité des modèles économiques dépendra in fine de la capacité des états à créer un environnement et des conditions favorables au développement des affaires, à créer une véritable dynamique de croissance, à améliorer les infrastructures collectives et la qualité des ressources humaines, toutes choses qui contribuent à réduire les risques économiques et le coût des transactions, seuls dénominateurs communs de la compétitivité des entreprises. Au Sénégal, il me semble qu’une coalition CEPOD - SCA - APIX, en collaboration avec le secteur privé et les ministères concernés, pourrait valablement conduire ce chantier.