vendredi, décembre 14

Où Investir en Afrique en 2019? 7 Secteurs surs et rentables





J'ai trouvé ce contenu très informatif et utile pour la conscience des jeunes de la diaspora qui voudraient investir en Afrique. Ce qui est inouï, c'est que l'auteur propose des solutions pratiques. 



Je viens de terminer une étude de marché pour une institution financière en Afrique de l'Ouest qui voudrait définir une offre spécifique pour le segment des PME. Curieusement, je suis arrivé quasiment aux mêmes conclusions.  Alors, je vous invite à suivre ceci avec intérêt.

dimanche, janvier 7

Industrialiser l'Afrique et MAINTENANT

L’industrialisation du continent, particulièrement celle de la région subsaharienne a reçu peu d’attention dans les politiques de développement. L’économie est restée tributaire de l’agriculture et des matières premières.

De tous les continents, l'Afrique noire reste le seul qui n'ait pas connu un début de réelle industrialisation cinquante ans après son indépendance. En examinant les parts dans la valeur ajoutée manufacturière mondiale en 2014, on constate que celle de l’Afrique n’était que de 1,6% pendant que la région de l’Asie et du Pacifique avait une part de 44,6%. L’Afrique subsaharienne demeure la région la moins industrialisée du monde avec un seul pays, l’Afrique du Sud, considéré comme industrialisé.   

Selon le modèle de la transition agricole, l’industrialisation peut être comparée au wagon d’un train dont la locomotive est une agriculture prospère capable de générer les ressources, notamment la matière première, le capital, le marché, les devises et la main d’œuvre moins chère dont les industries ont besoin pour leur essor. L’agriculture moderne serait donc le précurseur de l’industrialisation réussie en l’Afrique à travers le transfert d’actifs.   

En effet, on peut observer les liens entre agriculture et industrialisation à travers de multiples expériences de développement économique, récentes ou anciennes. Les travaux d'Arthur Lewis (1954) et Simon Kuznets (1966) sur la transition agricole distinguent quatre voies par lesquelles l’agriculture contribue à l’industrialisation : les produits, les marchés, les devises et les facteurs de production.

L’agriculture fournit la nourriture pour les ruraux et mieux encore, les urbains qui sont pour la plupart des travailleurs du secteur secondaire ainsi que pour tous les citadins ou ruraux engagés dans les activités de service.

Une agriculture productive fournit également de la matière première à l’industrie (agro-industrie), des produits alimentaires bon marché, et réduit ainsi les coûts salariaux, ce qui facilite l’accumulation du capital et l’investissement industriel. Non moins important, le monde rural qui reste dominant dans nos économies constitue des débouchés cruciaux à l’industrie naissante. Dans le même ordre d’idée, l’exportation de produits agricoles est une source majeure de devises pour l’économie et le financement des équipements et technologies dont l’industrie manufacturière a besoin pour prospérer. Enfin, la productivité agricole à travers la modernisation et la mécanisation devrait se traduire par un transfert de la main d’œuvre dans l’industrie.  

Ce schéma correspond au parcours que l’Angleterre (cf. la révolution industrielle britannique au XVIIIe siècle) et les pays émergents de l’Asie (Inde, Chine, Indonésie, etc.) ont suivi pour s’industrialiser. C’est dans une large mesure cette théorie qui a fondé les choix des pays africains pour proclamer l’agriculture comme la priorité absolue.

J’ai passé ces 10 dernières années à travailler intensément pour contribuer à la modernisation de l’agriculture comme source de croissance économique et un gisement d’emplois et d’auto-emplois pour les jeunes et les femmes. Je l’ai fait avec méthode en me basant sur l’approche chaîne de valeur (CdV) qui a la particularité de transcender les clivages secteurs pour se concentrer sur les marchés dans une démarche inclusive.  Différentes entreprises commerciales collaborent en vue de mettre au point et de mettre en marché des produits et des services de façon efficace et efficiente. Les chaînes de valeur permettent aux entreprises de répondre aux besoins du marché en mettant les activités de production, de transformation et de commercialisation en adéquation avec les demandes des consommateurs.

A la différence de la démarche conventionnelle qui s’intéresse à l’entreprise de manière isolée, l’approche CdV se concentre sur l’ensemble ou le système de marché et le modèle économique qui lui assure un avantage compétitif sur les marchés, qu’ils soient domestiques, régionaux ou internationaux. Elle trouve sa force dans la capacité à stimuler la synergie des différents acteurs, qu’ils soient formels ou informels, ruraux ou urbains, quelle que soit leur taille, leurs secteurs et leur localisation géographique. Les résultats en termes de transformation sont édifiants et confirment à suffisance la pertinence de l’approche.

J’ai donc conscience de ce que l’agriculture peut réaliser en matière de développement économique et de réduction de la pauvreté rurale. Cependant, elle ne pourra pas, à elle seule générer suffisamment de capitaux pour alimenter le cercle vertueux de l’industrialisation et du développement du secteur des services. Pour que l’agriculture dégage des surplus pour favoriser l’industrialisation du continent, il faut qu’elle soit rentable, en d’autres termes, que les rendements et la productivité du travail dans l’agriculture augmentent sensiblement. Malheureusement sur ces deux indicateurs, l’Afrique est encore à la peine. L’équation devient encore plus complexe avec les effets du réchauffement de la planète. La réduction annoncée des surfaces cultivables et des rendements est un défi supplémentaire pour le continent, alors même que sa population doit doubler d’ici à 2050.

On peut en déduire que le modèle économique basé sur la transition agricole est inopérant et impertinent pour l’Afrique.  Dès lors, le bon sens commande qu’on change de paradigme : la priorité doit désormais être à l’industrialisation de l’Afrique et nous devons le faire autrement en construisant une économie de l'industrie, intégratrice des petites entreprises de production de biens et services au plan régional tel l’albatros qui déploie ses ailes salvatrices.

Le continent en a les moyens ; d’abord, il dispose d’une population très jeune (la plus jeune de la planète) et d‘une force de travail abondante et sous-employée. La population africaine, en effet, va passer de 1 à 2 milliards de personnes entre 2010 et 2050. En Afrique de l’Ouest comme en Afrique Centrale, les moins de 25 ans représentent déjà 64% de la population, une classe d’âge frappée par un chômage moyen de 60%. Par ailleurs, la classe moyenne émergente est en pleine croissance. Selon les « Perspectives économiques en Afrique » publiées conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 18 pays africains sur les 54 que compte le continent atteignent désormais un « niveau de développement moyen ou élevé » porté par une classe moyenne estimée à entre 150 et 350 millions de personnes selon les agences. Cette classe moyenne, liée à une forte volonté d’entreprendre et d’épargner et un pouvoir d’achat de plus en plus élevé, devrait croître au cours des dix prochaines années. Cette classe moyenne adopte des réflexes d’achat axés sur les produits qui montrent la fierté d’appartenir à l’Afrique, ce qui renforce le potentiel de croissance du marché pour les produits transformés en Afrique et favorise l’expansion de nouveaux secteurs d’activités comme l’industrie automobile, les télécommunications, le textile, le tourisme culturel, etc.  

Enfin, le continent regorge de ressources naturelles d’ampleur inégalée. En effet, le continent est l’une des zones de la planète les plus riches en matières premières. On y trouve environ 7,5% des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel, 40% des réserves aurifères et entre 80% et 90% du chrome et du platine. Le Nigéria avec une production de 2,4 millions de barils/jour en 2014 se classe loin devant l'Angola dont la production est estimée à 1,7 millions de barils par jour. L'Algérie est leader africain et 9ème au classement mondial pour la production de gaz naturel. Le Botswana à lui seul comptabilise 35% des diamants de l’Afrique et est le deuxième producteur mondial de diamant après la Russie. Il est suivi de près par la République Démocratique du  Congo (RDC) qui détient une part de 34% de la production du continent. En plus du diamant, la RDC possède la troisième plus grosse réserve de cuivre derrière la Zambie et le Zimbabwe qui abrite le deuxième plus gros gisement de platine dans le monde et le plus gros gisement de cuivre sur le continent. Le Niger et la Namibie détiennent environ 90% des ressources d’uranium en Afrique.

L’Afrique du Sud est le plus grand producteur mondial d’or, de chrome, de manganèse, de platine, et le deuxième plus grand producteur de palladium, de rutile et de zirconium. Le Mozambique est un producteur essentiel pour l'aluminum avec environ 32% de l'approvisionnement de l'Afrique. Le Ghana est le deuxième plus grand producteur africain d’or après l’Afrique du Sud, et assure plus de 15% de l’approvisionnement du continent. La Guinée couvre à elle toute seule, près de 95% de la production du continent en bauxite avec environ 25 milliards de tonnes de reserve, soit environ le quart des réserves mondiales. Le Cameroun avec un milliard de tonnes, dispose des 6èmes réverses de bauxite au monde. Le nickel représente environ 23% des exportations malgaches. 

Bien que florissante, cette industrie profite très peu aux populations africaines car les pays africains les plus riches en ressources naturelles sont paradoxalement les plus pauvres du continent, en dehors de certains États qui font figure d’exception. Les pesanteurs sont connues et ont pour noms: la mauvaise gouvernance, l’absence de vision, d’ambition et d’engagement soutenu sur le long terme.  L’industrie minière bien orientée et bien gérée peut générer les capitaux dont l’Afrique a besoin pour financer l’industrialisation du continent. La traction ou l’effet d’entrainement sera d’autant plus grande et la croissance plus partagée que l’Afrique parviendra à construite de véritables chaînes de valeur industrielles régionales.

Une chaîne de valeur industrielle implique une ensemble d’activités et de métiers interconnectés qui concourent à la compétitivité des produits sur les marchés finaux: l’approvisionnement en matières premières brutes, l’approvisionnement en fournitures et autres matières intermédiaires, la première transformation, la 2ème et la 3ème transformation, les négociants, les fournisseurs de technologies, les fournisseurs de logistique et transport, le stockage, le réseau de distributeurs, la Recherche et Développement, les designers, équipementiers, fournisseurs d’emballage, la gestion des standards et des normes de qualité, la certification, les fournisseurs de services financiers. A cela s’ajoutent les Infrastructures de base sans lesquelles aucune industrialisation ne peut être amorcée : l’énergie, les infrastructures de transport et de déserte des marchés (routes, chemin de fer, transport maritime et aérien), les technologies de la communication et de l’information, les compétences et une politique hardie de soutien et d’incitation à l’industrialisation dans le long terme.

Autant d’opportunités viables d’investir et d’entreprendre qui jusqu'ici échappent au continent parce que l’Afrique exporte généreusement ses matières premières, ses emplois et sa croissance au lieu de les valoriser sur place. Ce faisant, le continent alimente le cycle de la dépendance et de la paupérisation systémique de sa population, et plus particulièrement la jeunesse africaine. La conséquence la plus troublante est la chaîne mortifère de la traversée de la Méditerranée qui nous propulse au visage, les images horribles des atrocités et des drames que subissent les africains qui tentent de rallier les côtes italiennes en quête d’un mieux-être que le continent ne peut pas leur offrir.

Pour illustrer la chaîne de valeur régionale, prenons l’exemple du secteur de l’aluminium qui tire sa matière du bauxite. On peut imaginer que la Guinée, le Ghana, le Cameroun, le Mozambique, et l’Afrique du Sud assurent l’approvisionnement de la matière brute et semi-transformée (ayant subi une première transformation) et la gouvernance, notamment le pouvoir et la capacité à exercer une coordination et un contrôle le long de la chaîne en réponse aux mécanismes des marchés. Les autres pays de la sous-région participent au traitement et à la transformation des produits semi-transformés en produits consommables ou dérivés pour divers marchés et industries : les matériaux et accessoires pour l’industrie automobile, les transports, le bâtiment, les infrastructures et ouvrages civils, les énergies renouvelables, la santé, les biens de consommation comme l’électro-ménager. Ces industries à leur tour vont faire émerger dans leurs sillages des équipementiers, des fournisseurs de biens et services spécialisés, les distributeurs, les fournisseurs d’innovation, etc. Les pays de la sous-région avec leurs industries et les entreprises de services constituent tout naturellement des marchés garantis pour la production guinéenne, camérounaise, mozambicaine et sud-africaine. Cette intégration  régionale n’empêche pas les pays fournisseurs de produits semi-transformés de rechercher des débouchés hors de la région pour assurer une utilisation maximale de leurs capacités industrielles. Ce schéma peut tout aussi bien s’appliquer aux industries du cuivre, du diamant, du chrome, de l’or, du platine, sans compter celui de la pétrochimie.

L’exemple de l’aluminium illustre bien l’effet prolifique et démultiplicateur de l’approche régionale du point de vue de la création de valeur et du partage de la croissance. L’industrialisation de l’Afrique basée sur l’intégration des systèmes de marchés régionaux permet d’enclencher le cycle vertueux de croissance et de solidarité.    
          
L’Afrique est un continent d’opportunités. Elle doit prendre conscience de toutes ces opportunités manquées et lancer dès lors, un vaste programme d’industrialisation dans une approche de chaînes de valeur régionales pour créer de la croissance en Afrique et des emplois décents. Ce programme devra concerner tous les secteurs à fort potentiel de croissance et d’impact sur l’emploi des jeunes.

L’agriculture a déjà amorcé le mouvement : on n’oppose plus l’agriculture à l’agro-industrie. On analyse et finance désormais l’agriculture à travers ses chaînes de valeur. L’agro-industrie comme maillon structurant et intégrateur, permet non seulement de transformer les produits de l’agriculture, mais plus important encore, d’intégrer de nombreux métiers en amont (les petits producteurs et autres activités de soutien) et en aval (les distributeurs, les négociants, l’emballage, les transports et la logistique, les laboratoires, etc.). Les entreprises agro-industrielles qui investissent dans la production locale et intègrent les petits producteurs dans leur modèle économique ont besoin d’être soutenues par des incitations diverses parce qu’elles constituent les vrais moteurs de la croissance agricole.  

En revanche, la culture des produits de rente (coton, café, cacao, etc.) échappe au schéma d’industrialisation. Soixante après l’indépendance, l’Afrique continue d’exporter le bois, du coton égrené, des fèves de café de cacao, d’arachide et d’importer les produits à base des matières premières exportés. Il est temps que l’Afrique transforme ses matières premières sur place pour répondre aux besoins des marchés en créant de la valeur en Afrique.  

Les mutations vont à une allure vertigineuse. L’Afrique va constituer un marché de 2 milliards de consommateurs d’ici 2050.  Ce marché sera à la dimension de nos ambitions. Il peut être un marché de consommateurs dépendants de produits importés. Il peut être également structuré comme un marché de production et d’exportation nette de produits de consommation. Le programme d’industrialisation décliné à travers cet article soutient pleinement la deuxième ambition, celle de l’Afrique qui crée de la valeur en Afrique et est compétitive sur les marchés.

Jadis déficiente, la vision de développement de l’Afrique est désormais bien articulée. Pour s’en convaincre, il faut suivre les propos du président ghanéen lors de la visite du président français à Accra en décembre 2017 : http://www.couloirdafrique.com/2017/12/04/ghana-le-discours-du-chef-de-letat-face-aux-president-francais/.

A partir de ce moment, plus rien ne devrait empêcher l’Afrique de lancer de manière concertée son programme d’industrialisation, si ce n’est l’envie et la volonté politique. Cela implique des investissements publics et privés et la discipline collective afin que les ensembles tirent dans le même sens: penser globalement et agir localement. Cela implique de disposer de l'ingénierie d'entreprise, des créateurs et faiseurs de demain, des compétences capables d'innover, d’inventer des nouveaux modèles économiques pour transformer les entreprises manufacturières en succès commerciaux au plan mondial.

Pour ma part, je m’emploie activement à la formation d’une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs intégrateurs, désireux de transformer les idées innovantes nées de leur passion en solutions ou propositions de valeur pour le bien-être de millions de consommateurs qui les récompensent durablement par leur loyauté.  

Au lieu de subir, l'Afrique doit être conquérante et prendre son destin en main. Elle peut y parvenir en construisant une économie d’industries et d’intégration régionale. Les pays les plus visionnaires et les plus engagés montreront sans doute la voie. 

jeudi, novembre 16

Question d'un lecteur et abonné

Un des jeunes abonnés de mon blog m'a adressé une requête. Il voulait démarrer une affaire et avoir sa propre entreprise. En substance, il me demandait ce qu'il fallait faire. Voici la réponse que je lui ai spontanément faite. Avec du recul, j'ai décidé de publier le contenu en me disant qu'il pourrait inspirer d'autres lecteurs et abonnés. 

Merci pour votre intérêt. Je me réjouis que vous ayez pensé à démarrer une affaire ou un business maintenant. 

Je vous recommande en premier lieu de regarder sur le site: www.smetoolkit.org. J'ai participé au développement de cette plateforme pour le compte du Groupe de la Banque Mondiale. J'ai aussi animé pour le compte du Groupe, des sessions de formation (formation de formateurs) destinées à  faciliter l'appropriation du site, notamment l'exploitation du contenu international de base et le développement de contenu local pour répondre aux besoins spécifiques d'entrepreneurs locaux ou régionaux.

Une fois sur le site, faites la recherche avec les mots clés "How to start a business" ou "How to come up with a good business idea". Vous pouvez aussi "Google" et vous trouverez beaucoup de ressources (articles, guides, présentations d'experts, etc.) à cet effet.

Pour les fondamentaux, une entreprise, qu'elle soit petite, grande ou moyenne, ou encore qu'elle soit formelle ou informelle, est une rencontre entre un entrepreneur et sa passsion (ce qu'il ou elle aime faire ou ce pour quoi il/elle est passionnée) et un marché (des gens connus ou identifiables qui sont prêts à vous récompenser pour le service ou le bien que vous leur offrez). L' idée n'est viable ou n'a de sens commercial que lorsqu'elle séduit un marché qui présente un fort potentiel de croissance. 

Il est essentiel de s'assurer que la demande va croître dans le temps de manière à porter le développement de la jeune l'entreprise. Il faut aussi garder à l'esprit que tout se passe dans un environnement concurrentiel (la plus grande menace pour toute entreprise) et que l'entreprise peut se faire emporter à tout moment si elle ne reste pas vigilante (la veille) et si elle ne se protège pas (la stratégie d'entreprise et l'avantage concurrentiel). Faut-il rappeler qu'environ 80% des entreprises meurent avant d'atteindre l'age de 5 ans selon une récente étude réalisée au Sénégal.

Au total, il faut:
1. Un entrepreneur et l'expression de sa passion : l'idée de projet.
2. Un marché avec un bon potentiel de croissance - on parle de couple entrepreneur/marché.
3. Une stratégie d'entreprise qui se nourrit d'un positionnement clair et d'une stratégie marketing réaliste.

Une fois que vous comprenez ces fondamentaux, vous devez chercher à apporter des réponses aux questionnements suivants: suis-je un entrepreneur et quelles sont mes passions? Qu'est-ce que je sais faire dans mes domaines de passion? Quels sont les besoins et segments de marché mal ou peu desservis et en quoi ma passion peut-elle être la solution? En quoi j'innove et quelle est ma proposition de valeur pour les clients? Comment l'entreprise va-t-elle générer de la rentabilité? 

Pour ce faire, vous vous mettez à observer autour de vous, à explorer, à faire des recherches (les technologies de l'information rendent la recherche bien plus facile aujourd'hui), à prendre des notes et à bâtir un cas. La prise de note est essentielle pour vous obliger à la discipline et à la cohérence dans l'analyse et les choix.

Je suis disponible pour vous accompagner sur ce cheminement. Si vous avez des questions ou besoins d'éclairage,  à tout moment n'hésitez pas. Je vous dirai, de par mon expérience et mes observations, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Il vous appartiendra de faire les choix.
J'espère que ceci est utile!

Cordiales salutations et du courage,
V. Akue

jeudi, mai 18

La chaîne de valeur et la compétitivité des produits agricoles

Mise au point par Michael Porter, la chaîne de valeur est un outil d’analyse stratégique permettant d’identifier, au sein d’une entreprise, les différentes activités clés créatrices de valeur pour le client et une marge satisfaisante pour l’entreprise. Elle repose sur l’enchaînement, la succession d’activités étape par étape jusqu’au produit ou service final. Chaque étape permet d’y ajouter de la valeur formant ainsi « la chaîne de valeur ou la valeur en chaîne».

Appliquée à une filière agricole, la chaîne de valeur représente un ensemble d'activités interdépendantes et séquentielles dont la mise en œuvre permet de créer de la valeur identifiable et mesurable pour un produit sur un marché spécifique. Elle comprend les acteurs directs que sont les fournisseurs d’intrants agricoles, les producteurs, les commerçants et négociants, les industriels et les distributeurs de produits transformés. Le deuxième groupe d’acteurs  est  formé des fournisseurs de services de soutien comme les agrégateurs, les gestionnaires de magasins de stockage ou de conservation, les concepteurs de marque et fournisseurs d’emballage, le transport logistique, les prestataires de services spécialisés divers comme les instituts de recherche, la certification, les services de marketing et de communication et bien sûr, les fournisseurs de services financiers et d’informations de marché.

Au niveau macro, la chaîne de valeur intègre également les infrastructures (route, électricité et eau), le cadre légal et règlementaire (foncier, normes et labélisation, fiscalité, règlementation régionale et internationale, etc.) et la politique de développement du secteur qui constituent aussi des leviers majeurs de compétitivité pour la chaîne de valeur.

Premier enseignement : le cadre d’analyse de l’agriculture ou de l’évaluation d’un investissement dans l’agriculture doit aller au-delà de la production et des petits exploitants qui les caractérisent en Afrique subsaharienne. C’est à tout ce florilège d’acteurs économiques interdépendants (micros, petits, moyens et grands) et à leur système de marché que nous devons désormais penser lorsque nous abordons l’agriculture commerciale.

Deuxième enseignement : le marché, c’est à dire les consommateurs, constitue l’essence et le point d’ancrage, d’où  l’importance de bien comprendre les mécanismes de marché si l’on veut optimiser une chaîne de valeur. Ce sont les exigences du marché et de la compétitivité du produit qui déterminent la structure (complexe ou simple, courte ou longue) de la chaîne de valeur. On dit qu’une chaîne de valeur se construit de la gauche vers la droite ou de l’amont vers l’aval mais s’exécute de la droite vers la gauche.

Comparée à la filière, la chaîne de valeur se distingue par son approche orientée marché et son focus sur des produits finis. En effet, la filière part d’un produit de base et aboutit à des produits finis alors que la chaîne de valeur part d’un produit particulier ou spécifique pour un marché précis (local, sous régional, international). Par exemple, quand on parle de filière manioc, le produit de base est le manioc et les produits finis sont les cossettes, le gari, l’attiéké, le couscous, les spaghettis, le foutou, les chips, les beignets, les gaufrettes, le yaourt, l’éthanol, etc. Les chaînes de valeur dans ce cas sont par exemple, le gari, le foutou, l’attiéké, les beignets sur le marché de l’Afrique de l’Ouest, le bâton de manioc sur le marché de l’Afrique Centrale, les agglomérés et les cossettes de manioc pour le bétail en Europe et en Asie.  

Par ailleurs, dans l’approche chaîne de valeur, les acteurs sont interdépendants et la démarche est collective. On se préoccupe de la compétitivité de la chaîne. Certains parlent de « compétition collective » qui est à l’antipode de la compétition individuelle et des rapports en bras de fer qui caractérisent la filière. Au cœur de ce collectif, se trouve l’intensité du partage d’information qui est bien plus déterminante que le capital dans le bon fonctionnement de la chaîne de valeur. Pour que le collectif marche, l’information doit être partagée tout au long de la chaine de valeur sur les exigences du marché (les consommateurs, la qualité des produits demandés et les préférences), l’itinéraire technique du produit, les normes, les prix, les cycles, les variétés et leurs rendements, la qualité des sols, la recherche et les innovations, les technologies, la compétition mondiale et les fenêtres de tir pour les divers produits, la politique de l’Etat, etc.

Troisième enseignement : les flux informationnels sont aussi importants que les physiques de marchandises. Le partage d’information est crucial pour la compétitivité de la chaîne. Il donne de la visibilité et de la transparence dans un système d’organisation ou dans ce dispositif institutionnel aussi complexe que la chaîne de valeur. Les risques sont mieux partagés lorsque les flux physiques et informationnels sont alignés. Les fournisseurs de services financiers et de capitaux (banques, assurances, fonds d’investissement). Les risques sont portés de manière équitable, c’est à dire par les acteurs qui sont les mieux équipés et ils sont rémunérés en raison des risques pris.

Somme toute, la chaîne de valeur est basée sur des systèmes intégrés, une production différenciée, la gestion des risques, des besoins d’information et l’interdépendance des exploitants agricoles et des autres acteurs du système de marché. J’espère que cet article vous a édifié sur la chaîne de valeur agricole et ce qui la distingue de la filière, deux termes qui sont fréquemment utilisés de manière interchangeable alors qu’ils n’ont pas la même signification.

Pour bien comprendre une chaîne de valeur, il faut en saisir le modèle économique. Je vous entretiendrai prochainement sur les divers modèles économiques qui permettent d’intégrer les petits exploitants, socle de l’agriculture en Afrique subsaharienne au marché et à l’économie dans le but d’améliorer leur revenu, de réduire la pauvreté rurale et de promouvoir une croissance inclusive.   

En attendant, faites-moi part de vos commentaires. Merci.

mercredi, mars 29

L'agriculture a le pouvoir de transformer les économies en Afrique

Le développement agricole est à la traîne en Afrique subsaharienne. Alors que le PIB global a augmenté de plus de 6% par an entre 2001 et 2008, le PIB agricole n’a augmenté que de 3,4%. Dans un contexte global, l'Afrique subsaharienne est la seule région qui n'a pas réussi à améliorer la productivité agricole, pour diverses raisons, dont le sous-investissement, les infrastructures insuffisantes, l'insécurité foncière, les politiques de prix défavorables, la faiblesse des institutions, la déconnexion des marchés et les risques agricoles systémiques liés aux changements climatiques.

La région est encore fortement dépendante de l’importation pour nourrir sa population. En 2011, l'Afrique subsaharienne a importé $43 milliards de produits agricoles tout en exportant $34 milliards ce qui a eu comme conséquence un ralentissement des investissements et la flambée des prix des produits de base. Selon la BCEAO, l’évolution des prix à la consommation entre 2002 et 2011 a été essentiellement imprimée par le niveau de la production vivrière dans l’Union, et les tensions sur les cours mondiaux du pétrole brut et des importations vivrières. 

Le renforcement de l'agriculture africaine est donc une nécessité et un moyen de répondre à la demande croissante en nourriture induite par l’accroissement de la population et une urbanisation galopante. Un quart des habitants de la planète en 2050 seront Africains, selon une récente étude de l’ONU sur l'évolution de la population mondiale dont 60% vivront en ville. Plus d’un milliard d’Africains seront des citadins, contre 400 millions actuellement. Les projections anticipent un taux d’urbanisation de 50% d’ici l'année 2030 et de 62% en 2050. Déja des villes comme Lagos and Kano comptent plus de 20 millions d’habitants.

La ville africaine, c’est aussi le lieu d’expression préféré de la jeunesse (l’âge moyen des citadins africains est de 18 ans) particulièrement touchée par la précarité de l’emploi. Ils sont sans réelles opportunités d’emploi à cause de la faiblesse du tissu industriel et la prépondérance des entreprises commerciales.  

Et pourtant, l’agriculture présente un énorme potentiel en Afrique subsaharienne. La région dispose de vastes quantités de terres non cultivées - près de la moitié de la disponibilité mondiale, des ressources en eau inexploitées et de la main d’œuvre abondante et peu coûteuse.  Par ailleurs,  de nombreux gisements d’amélioration existent : gap substantiel sur les rendements, faiblesse de la mécanisation agricole et du taux de transformation des produits de base, les pertes énormes de récolte, méconnaissance et approche intuitive des marchés, etc. 

De nombreuses études ont également conclu que la croissance générée par l'agriculture en Afrique subsaharienne est plusieurs fois plus efficace pour réduire la pauvreté et créer des emplois que la croissance du PIB dans d'autres secteurs.  Ceci est d’autant plus vrai que la région regorge d’atouts et de moyens. La région possède de vastes terres non cultivées, soit près de la moitié de la disponibilité mondiale, des ressources en eau inexploitées. C’est pour cela qu’elle doit être au cœur de l’agenda de la transformation de nos économies. Pour ce faire, elle doit être attrayante et compétitive  ce qui nécessite des investissements massifs, aussi bien publics que privés, la création d’opportunités nouvelles pour l’entreprenariat des jeunes et une meilleure connexion aux marchés domestiques et régionaux. Cela peut se produire en optimisant les chaînes de valeur agricoles à fort potentiel de croissance en veillant à intégrer le maximum de petits producteurs dans l’économie formelle.

ll existe un florilège de modèles économiques qui soutiennent les petits agriculteurs, le socle de l’agriculture commerciale dans la région et l’industrie agroalimentaire tout en facilitant leurs accès aux services financiers, aux intrants, aux technologies, à la matière première de manière régulière, aux marchés et à l’information. Ces modèles ont fait leur preuve  


Dans les prochaines notes, je vais tenter de répondre aux questions suivantes: Qu’est-ce qu'une chaîne de valeur agricole, en quoi est-elle différente de la filière, quels sont ces modèles économiques que les entreprises actives dans les systèmes de  marché déploient pour accroître la valeur ajoutée, assurer la compétitivité de leurs produits sur les marchés et s’adapter aux mutations, et comment l’approche de financement des chaînes de valeur met en évidence les opportunités d’investissement rentables et attise l’appétit grandissant du secteur financier pour l’agriculture. 

lundi, décembre 31

Mur ou falaise budgétaire, cela ressemble fort à la fin du monde!

 Il y a quelques semaines, le monde entier était agité par des dérives prophétiques et cataclysmiques  qui annonçaient la fin du monde une première fois pour le 12 décembre 2012 et une deuxième fois pour le 21 décembre 2012 à 12h12 qui marque la fin du calendrier Maya.   

Quand le 21 décembre dernier, notre fille avec la pointe d'humeur qui la caractérise nous appelle pour savoir si les transformations annoncées se sont produites,  je lui ai spontanément répondu que nous étions indifférents et que les Australiens venaient d'annoncer au petit matin du 22 décembre qu'ils se portent comme un charme. J'en ai profité pour lui dire qu'à mon avis, la fin du monde pourrait être le 31 décembre 2012 si les Américains n'arrivent à s'accorder sur comment régler la question de la dette publique. Faute d'accord, une cure d'austérité va se mettre automatiquement en place dès le 2  janvier 2013, avec une hausse généralisée des impôts pour environ 200 milliards de dollars et des coupes drastiques dans les dépenses publiques de l'ordre de 400 milliards de dollars. Pour le contexte, rappelons que le déficit budgétaire américain pour l'année 2012 sera de 1 100 milliards de dollars, dépassant ainsi le plafond de 607 milliards autorisé par le Congrès en août 2011 afin de contenir la dette publique qui a atteint un niveau abyssal de 16 399 milliards de dollars, jugé  insoutenable pour l'économie américaine.
Ce choc risque de faire replonger la première économie mondiale dans la récession. Selon les estimations du Congress Budget Office, le PIB réel des États-Unis serait impacté de 3,9 points rien qu'en 2013. Ce qui plongerait l'économie en récession dès le début 2013! De plus, le chômage, qui vient péniblement de repasser sous la barre des 8%, grimperait à nouveau à plus de 9%.  Selon certaines estimations, on devrait assister à une hausse de 20% des prélèvements et un quasi doublement du taux de chômage aux Etats Unis. Le FMI prévoit une perte du PIB de 3% par rapport aux prévisions de 2,1% de croissance retenue pour les Etats Unis en 2013.

Nous avons survécu la fin du monde annoncée pour le 21 décembre 2012. Cependant, je ne suis pas sûr que nous puissions tenir le coup devant ce qui me parait à l'évidence comme la plus grande menace contre l'équilibre déjà fragile du monde global. Une nouvelle récession aux Etats Unis conduirait inéluctablement à une annihilation des efforts entrepris en Europe, en Afrique et ailleurs dans le monde pour sortir de la crise. Nous n'en mourrons pas tous, ce qui veut dire que ce ne sera pas la fin du monde, mais personne n'en sera épargné tout comme ce fut pour la crise des subprimes.
Nous espérons que les Américains sauraient raison garder pour épargner au monde d'autres souffrances inutiles. C'est donc sur cette note d'espoir que je vous dis bonnes fêtes de fin d'année 2012 et meilleurs vœux de paix et de prospérité pour la Nouvelle Année 2013.

Cordialement,
 

dimanche, décembre 25

Afrique, continent d’opportunités

L’année 2011 bien que tumultueuse à bien des égards, s’achève sur une note d’espoir pour l’Afrique qui est désormais présentée comme un continent d’opportunités. Le 13 mai 200o, la page de couverture du magazine Economist titrait : « Afrique , le continent sans espoir ». Un peu plus de dix années plus tard, plus précisément en décembre 2011, le même magazine publie successivement ces deux articles : « Africa’s hopeful economies : The sun shines bright » et « The hopeful continent : Africa rising ».
La réalité est que les lignes ont bougé et que l'Afrique se trouve au tournant de son histoire. Le dernier rapport sur les progrès en Afrique élaboré par le Panel Africa Progress présidé par Koffi Anam confirme la tendance : « Celui qu’on qualifiait de continent désespéré il y a dix ans, est incontestablement devenu le continent de l’espoir ». Ceci n’est certainement pas un hasard, mais le fruit de vos efforts, les filles et fils d’Afrique. Ce n’est donc pas le moment de baisser les bras.
A la veille de la Nouvelle Année, je voudrais vous transmettre mes vœux de santé, de paix et de réussite et surtout d’encouragement afin que vous « transformiez vos essais en beauté » comme disent les amoureux du rugby.

Un Joyeux Noël à tous. Bonne et Heureuse Année 2012.

mardi, avril 12

L’accaparement des terres agricoles en Afrique

Les prix des produits agricoles flambent, la hantise des terres agricoles s'accentue. Selon le site farmlandgrab.org, de nombreux pays non africains se lancent dans une course effrénée pour acquérir des terres de culture en Afrique. La Banque Mondiale annonce que les transactions sur le foncier dans le monde portent sur 45 millions d'hectares de terres agricoles. Les principaux investisseurs sont actuellement les États du Golfe, mais la Chine, la Corée du Sud et plus récemment l'Inde. Les objectifs d'investissement sont principalement les pays d'Afrique, mais également l' Asie du Sud-Est et de l'Amerique du Sud.


Selon les estimations, la superficie des terres africaines achetées par des intérêts étrangers ces trois dernières années atteindrait 20 millions d'hectares, vendus ou loués pour des périodes allant de 50 à 100 ans, ce qui correspond à 10 fois le volume moyen de la décennie précédant l'année de la crise alimentaire. Les pays africains visés essentiellement, selon les statistiques de International Food Policy Research Institute (IFPRI) sont la RDC, le Mozambique, la Tanzanie, le Soudan, l'Ethiopie, Madagascar, le Mali, etc. Ces chiffres sont éloquents.


Alors que certains pays continentaux se posent en champions en encourageant le phénomène, d'autres mènent encore la réflexion sous la pression des organisations paysannes pour déterminer la conduite à tenir face à ce qu'il convient d'appeller (Walf Fadjri, 01 Fev 2011 ) la spoliation des terres des paysans africains et l'avenir de l'agriculture familiale.


Comme on le voit, la question est souvent abordée sous le prisme des relations Nord Sud, c'est-à-dire le Nord industrialisé qui s'accapare les terres des pays du Sud en développement. En réalité, Il y a deux aspects à la question que je voudrais mettre en exergue.


Investir à l'étranger pour assurer la sécurité alimentaire chez soi.Selon le Fonds International de Développement de l'Agriculture (IFAD), les pays arables comptent pour plus de cinq pour cent de la population mondiale mais moins d'un pour cent des ressources globales en eau. La faible teneur en eau de leur sol rend impossible l'agriculture à grande échelle. La conséquence logique est que les Emirats Arabes Unis (UAE) importent plus de 80% de leur nourriture. Pour se mettre à l'abri des fluctuations de marché, les Emirats Arabes Unis suivis d'autres pays du Conseil de Coopération du Golfe investissent énormément dans les terres agricoles à l'étranger à l'exemple de la Chine. Entre 2006 et 2008, les investissements agricoles des Emirats Arabes Unis à l'étranger se sont accrus de 45%. Ils se placent ainsi 3ème derrière la Chine et la Corée du Sud. En rapatriant la production réalisée à l'étranger, ces comptent non seulement assurer leur sécurité alimentaire, mais aussi réduire les coûts de 25%.


La spéculation sur les terres agricoles à des fins d'investissement. Jadis ignorée du monde non paysan, la terre agricole est aujourd'hui devenue à la fois un enjeu de compétitivité internationale et un instrument financier privilégié. Trouver la terre moins cher, partout où elle se trouve devient le leitmotiv. Quand il y a cing ans, les pays en forte croissance du Moyen Orient et d'Asie ont commencé à acheter les terres agricoles en Afrique, des voix se sont levées pour dénoncer l'accaparement des terres et l'exploitation. Maintement, les fonds souverains, les sociétés d'investissement ou de portefeuille de même que les firmes multinationales s'y sont mis à des fins essentiellement spéculatives. Les investisseurs étrangers semblent être particulièrement intéressés à faire des investissements directs dans la terre, soit par propriété inconditionnelle ou des baux à long terme. Ils sont en quête de ressources (terres et eaux) plutôt que de marchés.


Face à ces enjeux, quelle conduite à tenir pour les pays africains ? La réponse se trouve dans une politique macroéconomique rigoureuse, responsable mais ouverte aux investissements étrangers « désirés » afin de valoriser nos terres et impulser une croissance forte. Trois recommandations concrètes :


Première chose, c'est de réaliser que la terre n'est plus un « commodity », un bien ou un actif ordinaire, mais un patrimoine stratégique comme le port, l'aéroport, l'eau, le pétrole, la forêt et toutes autres ressources naturelles. Elle représente un avantage comparatif important dans le commerce international. Il y a donc lieu d'entreprendre des reformes urgentes et de revoir les codes fonciers dans nos pays pour intégrer cette dimension.


Deuxième chose : pouvoir identifier les acteurs et leurs motivations. Savoir distinguer les spéculateurs des investisseurs agricoles qui veulent la terre pour produire et exporter vers leurs pays et assurer la sécurité alimentaire et bioénergétique chez eux. Il est évident que l'exercice ne sera pas facile parce que les montages peuvent être bien ingénieux et complexes. Le principe de base est que quelle que soit la transaction, elle ne doit pas mettre en péril la sécurité alimentaire à long terme et l'équilibre social du pays hôte. Souvent, ce sont les gouvernements qui négocient les accords d'investissement en toute descrétion. L'opacité qui entoure ces transactions suscite des craintes que ces investissements étrangers ne produisent pas des bénéfices à long terme sur la croissance et le mieux être des populations. Pour cela, il faut mettre en place un conseil d'experts chargés d'étudier toutes les demandes introduites par aussi bien les investisseurs nationaux qu'internationaux lorsque la transaction porte sur des superficies dépassant un seuil, par exemple 1000 ha. Le conseil rendra son avis après un débat public impliquant les communautés concernées. Le risque d'accaparement est immense, ce qui signifie des opportunités sur les gens peu véreux. C'est pour cela que la notion de crime économique devra être introduite dans les législations afin de sanctionner les auteurs ou complices de malversations sur les terres agricoles.


Troisième chose : encadrer ces investissements étrangers et veiller à leur articulation avec les politiques sectorielles. En attendant la mise en place d'un code de conduite au niveau de la CEDEAO, chaque pays devra déterminer les règles régissant de tels investissements, y compris le toilettage du régime foncier, l'inventaire des terres et des sols, les mécanismes d'attribution et les normes pour les arrangements contractuels d'exploitation à moyen et long terme. Presque tous les pays disposent aujourd'hui d'un plan stratégique de développement et d'investissement décliné en feuille de route. Les choix ont été faits après de nombreuses études. Il faut résolument garder le cap tout en restant opportuniste et rigoureux.



vendredi, octobre 15

La norme ISO 26000

Publiée depuis le 1er novembre dernier, la Norme ISO 26000 est relative à la responsabilité sociétale des organisations. Deux petites clarifications pour mieux comprendre la suite.


Qu'est-ce que c'est qu'une norme ou un standard? La normalisation ou la standardisation est le fait d'établir respectivement des normes et standards industriels ou encore un référentiel commun et documenté destiné à harmoniser l'activité d'un secteur. Certains parlent de charte. Par exemple, la charte sanitaire des couvoirs pour le secteur de la volaille. Les normes souvent réalisées par des organismes spécialisés d'Etat ou des organisations créées par les professionnels d'un secteur d'activité donné sont utilisées pour simplifier les relations contractuelles et commerciales et servent à protéger le public ou précisément les utilisateurs ou les consommateurs de biens et services dans une économie de plus en plus mondialisée.

Qu'est-ce que c'est que l'ISO? Les organismes de normalisation sont nombreux. ISO (International Organization for Standardization ou en français, Organisation Internationale de Normalisation) est le plus important organisme de normalisation au monde. A ce jour, l'institution compte à son actif environ 18 300 normes destinées aux entreprises, aux gouvernements et à la société dans son ensemble. Les normes ISO les plus connues dans notre paysage économique sont celles ayant trait à la qualité (9000 à 9099) que l'on retrouve souvent sur les affiches de communication des firmes.

La 33e Assemblée Générale de l'Organisation internationale de normalisation (ISO) s'est réunie à Oslo (Norvège) du 13 au 18 septembre 2010, en présence de 98 comités membres nationaux et de plus de 127 pays représentés. A l'occasion de cette Assemblée Générale, les délégués ont voté à plus de 93%, en faveur de l'adoption du projet de Norme ISO 26000 sur la responsabilité sociétale.

La Norme ISO 26000 présente des lignes directrices pour tout type d'organisation cherchant à assurer la responsabilité des impacts de ses décisions et de ses activités sur la société et sur l'environnement, se traduisant par un comportement transparent et éthique qui:

  • contribue au développement durable, y compris la santé et le bien-être de la société

  • prend en compte les attentes des parties prenantes

  • respecte les lois en vigueur et est compatible avec les normes internationales

  • est intégré dans l'ensemble de l'organisation et est mis en oeuvre dans ses relations internes et externes à l'organisation.

De ce point de vue, cette norme vient combler un vide et renforce la gouvernance des organisations surtout internationales qui, de par leur puissance financière et commerciale, échappent au contrôle des gouvernements. La crise financière récente est passée par là!

Un exemple plus préoccupant et proche de nous est celui des opérateurs de téléphonie mobile qui installent des antennes-relais à tour de bras et de manière anarchique sans tenir compte des effets de leurs décisions sur la santé et le bien-être des populations. A quand les premières certifications ISO 26000 des opérateurs de téléphonie mobile?

Pour l'organisation de certification, l'élaboration de la norme ISO 26000 pose un défi de taille, celui de sa capacité à développer les compétences requises pour pouvoir trancher sur des questions épineuses pour lesquelles le consensus n'est pas acquis, comme celle des dangers que font peser les émissions "types Téléphonie Mobile", c'est à dire le téléphone portable, les antennes relais GSM, l'UMTS ou 3GSM, les ondes Wifi, le Wimax, le Bluetooth, le téléphone sans fil, etc. sur la santé des populations.


dimanche, octobre 3

Le Partenariat Public Privé et son utilité pour la croissance

Une simple recherche sur Google à partir des mots clés "Partenariat Public Privé" fait apparaître le concept 53 millions de fois en 0,24 secondes. Cela donne une idée de l'intérêt que suscite le concept dans la littérature contemporaine. Qu'est-ce que c'est et quelle est son utilité pour le développement et la croissance de nos économies?

Le Partenariat Public Privé (PPP) se définit comme toute activité ou projet entrepris de manière conjointe par un acteur public (l'Etat, le partenaire technique et financier pour le compte de l'Etat ou la collectivité publique) et un acteur privé (une association professionnelle, une société privée - grande, moyenne ou petite - une fondation, un institut, une Organisation Non-Gouvernementale (ONG), etc.) dans le but de fournir un service ou un produit jugé critique aux autres membres d'une communauté ou d'une chaîne de valeur économique. Le secteur public apporte les ressources dont il a la maîtrise et susceptibles de réduire les risques liés à l'activité ou au projet en vue (par exemple, les infrastructures, le terrain, les services de vulgarisation agricole, la garantie financière, etc.) et l'acteur privé, le savoir faire, l'efficacité, la créativité, l'innovation (par exemple, un processus de fabrication, un réseau de distribution, l'expertise, l'accès au financement et au marché, la capacité de mobilisation de ressources, etc.) qui le caractérisent de manière à être compétitif sur les marchés. Il est attendu que le secteur privé prendra le relais pour inscrire l'activité ou le projet dans la durée, l'acteur public jouant simplement le rôle de catalyseur.

L'approche est innovante (basée sur une division des tâches et un partage des risques) et inclusive car elle reconnaît à chaque acteur des atouts spécifiques et les valorise pour assurer des performances supérieures tout en veillant à une répartition optimale des risques entre secteur public et privé, chacun supportant le risque qu'il maîtrise le mieux. C'est donc un instrument qui met en orchestre les leviers essentiels de la compétitivité et de la durabilité: avantages concurrentiels, efficacité, performances supérieures, maîtrise de risques.

Apparu dans les années 90 en Angleterre, cet instrument a permis au gouvernement britannique de confier à des entreprises privées, la mission globale de construire, de maintenir et de gérer des ouvrages et des équipements publics et services concourant aux missions de service public de l'administration. Les avantages sont mutuellement bénéfiques (gagnant-gagnant): la collectivité publique reçoit des services jugés critiques et qui faisaient défaut, les entreprises font des profits, ce qui leur permet de faire des investissements nouveaux et durables.

Depuis, il a pris plusieurs formes en fonction des pays, des secteurs d'activités et des contingences. Dans l'agriculture, on peut envisager les modèles suivants:

  • l'accès au marché: l'état ou la collectivité locale peut aider une firme leader dans la distribution ou la transformation de produits locaux à améliorer la qualité de son produit, à étendre son réseau de distribution dans la région par exemple à condition que cette firme garantisse l'accès au marché pour les petits producteurs pris en otage par les intermédiaires.
  • l'accès aux intrants: l'état ou la collectivité locale peut collaborer avec une association professionnelle ou un groupement ou une firme leader à assurer son approvisionnement régulier en matière première en mettant le partenaire privé en relation avec des groupes de producteurs et en prenant en charge les frais de formation des petits producteurs afin qu'ils adhèrent au cahier de charges du produit et respectent les engagements contractuels. La firme participerait à la mise en place de mécanismes d'accès aux intrants et au financement pour les petits producteurs à travers leurs associations.
  • l'accès au financement: l'état ou la collectivité locale peut collaborer avec les institutions financières par la mise en place ou la prise en charge partielle d'une assistance technique résidente (2 à 3 ans) visant à aider les institutions à développer des produits spécifiques de financement des chaînes de valeurs agricoles jugées critiques pour la sécurité alimentaire des populations (le bétail, la volaille, le riz, le mil, le sorgho, le maïs, les fruits et légumes, le fonio, les tubercules, etc.).
  • l'accès aux systèmes de qualité et de marché au plan régional: la création d'une bourse céréalière régionale en partenariat avec le secteur privé en est une parfaite illustration.

On peut aussi citer des modèles pour l'accès aux semences améliorées (avec les instituts de recherche), à l'information de marché (avec les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d'applications), aux infrastructures de marché et de conservation, aux équipements, etc.

La force du PPP réside dans le fait qu'il n'y a pas de modèles préétablis qui s'appliqueraient à toutes les circonstances. L'instrument fait énormément appel au jugement, à la créativité et aux engagements des acteurs. C'est pour cela qu'il est passionnant. C'est aussi pour cela que je m'intéresse.

Les autres facteurs de succès sont une bonne maîtrise de l'approche chaîne de valeur et des stratégies de marché, de même que la capacité à concilier des intérêts jadis jugés antagoniques: le profit et le développement durable.

lundi, août 16

Nouvelle cartographie de la richesse mondiale

Selon l'OCDE, "le poids économique agrégé des pays en développement et des pays émergents est sur le point de dépasser celui de l'ensemble des pays développés". En 2030, les pays émergents et en voie de développement représenteront plus de 60% du PIB mondial, confirmant ainsi un basculement des rapports économiques Nord/Sud au profit des pays du Sud, jadis non alignés. Les pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil constituent les moteurs du changement, mais sont-ils pour autant les locomotives?

Le rapport semble indiquer que les bonnes performances de la Chine et de l'Inde ont eu un retentissement significatif sur le reste du monde en développement. Il aurait fallu seulement un peu plus de 30 ans pour faire basculer la situation. En 2000, les pays en voie de développement - le terme consacré - ne comptaient que pour 40% dans la création de la richesse mondiale.

En effet, les pays émergents ont des impacts majeurs sur le commerce mondial et la configuration des investissements, créant ainsi des opportunitées nouvelles pour les pays non émergents. Il est évident que seuls ceux qui auront perçu le changement et fait preuve d'anticipation en mettant en oeuvre des stratégies hardies de captation et de valorisation des ressources nouvelles tireront le meilleur profit pour la prospérité de leur économie et de leur population. Les "liens sud-sud", commerciaux, d'aide au développement et d'investissement, sont une source de savoir et de financement de plus en plus importante pour le développement. Pour réaliser des investissements dans nos pays afin de soutenir la croissance et des emplois durables, les options sont aujourd'hui possibles. En d'autres termes, les décideurs ont le choix, ce qui n'était pas le cas, il y a une vingtaine d'années.

La nouvelle cartographie présente aussi l'avantage de préciser le cadre conceptuel et d'analyse. Désormais, on parle de pays développés, de pays émergents et de pays non émergents.

Lire le texte complet:
http://www.oecd.org/document/14/0,3343,fr_2649_33959_45469838_1_1_1_1,00.html

lundi, juin 7

Et si le label de qualité était le sésame

Une question que les développeurs se posent souvent en phase de formulation d'un nouveau programme est par quel bout prendre pour générer des résultats faciles susceptibles d'enclencher la dynamique de succès. Les anglo-saxons appellent ceci le « low hanging fruit » ou le « quick win».


Et si le label de qualité était le sésame ! Actif immatériel, le label de qualité est une proposition de valeur pour le consommateur. Il atteste qu'un produit possède un ensemble de caractéristiques spécifiques établissant un niveau de qualité supérieure à celle d'un produit courant similaire. Il n'a de valeur effective que de par son effectivité ou sa capacité à cristalliser et à satisfaire les attentes du consommateur qui décide de le plébisciter.


Les expériences que nous avons connues dans la région au plan de l'agriculture tendent à en faire un bien public, c'est à dire relevant plus des affaires de l'Etat. Son développement et sa promotion requièrent des moyens qui souvent ne sont pas à la portée des petites entreprises qui le valorisent peu et préfèrent investir dans les valeurs tangibles (machines, équipement, bâtiment, etc.). L'expérience de Madagascar nous invite cependant à une remise en cause de cette approche et démontre que le secteur privé peut valablement investir dans le label pour être plus compétitif sur les marchés et faciliter sur une base commerciale, l'accès durable des petits producteurs dans l'économie formelle et l'amélioration de leur bien-être.


La société privée d'exportation de produits agricoles de Madagascar Faty Export a mis au point et expérimenté dans ses propres exploitations de litchi et d'oignon en 2008 un Référentiel de Développement sous l'appellation Hygiène, Organisation, Restauration de l'Environnement et de Biodiversité (Horeb). Ce référentiel fondé sur une démarche qualité s'appuie sur une analyse des risques, depuis la production jusqu'à la commercialisation et assure la traçabilité des produits selon les exigences des marchés, surtout au niveau régional et international. Pour le litchi par exemple (produit d'exportation de Madagascar), il commence depuis les pieds de litchis, en passant par la cueillette des fruits, le transport et la manutention, la réception et le traitement - conditionnement des fruits.


Le label Horeb est basé sur des indicateurs qui s'articulent autour du Commerce Equitable et Durable, notamment l'amélioration du revenu des agriculteurs et leur bien-être (santé, hygiène, mortalité, etc.), l'augmentation des arbres mis en terre dans le cadre du reboisement et la diminution des arbres abattus, l'accroissement de la demande de produits sous le référentiel Horeb, la hausse des produits aux normes sur le marché local et international.


Grâce au soutien des partenaires techniques et financiers, la société a engagé des actions de promotion du label Horeb à travers la participation aux foires et missions économiques. De son côté, la société a engagé une campagne de sensibilisation en direction des producteurs locaux sur des filières spécifiques et aussi en direction des consommateurs afin de consommer les produits labélisés Horeb.


Le résultat a été immédiat. Le processus a radicalement changé le comportement de tous les acteurs en matière d'hygiène, de sécurité sanitaire et de protection de l'environnement et même de collaboration entre les divers acteurs. Au cours des deux années précédant la mise en place du label, le litchi malgache était classé dans la catégorie du tout venant dans les pays voisins. Les fruits n'étaient pas calibrés et leurs couleurs n'étaient pas identiques. De ce fait, le prix du litchi malgache se vendait très en-dessous de celui de l'Afrique du Sud, soit 50 centimes au lieu d'un euro le kilo. De plus, 5 à 10% du volume exporté était rejeté. Sous l'appellation Horeb, les prix se sont envolés atteignant les niveaux de 3,0 euros le kilo pour les primeurs. De même, l'exportation de l'oignon jadis inexistante a pris de l'envol. Faly Export exporte aujourd'hui vers les Iles Maurice et de la Réunion, l'Afrique du Sud et les Emirats Arabes Unis. Trois entreprises d'importation mauriciennes ont fait confiance à ce référentiel et ont signé des contrats commerciaux de 3.000 tonnes d'oignons avec Faly Export.


Un protocole de production et un accord de partage des bénéfices lient Horeb aux paysans travaillant sous le label. Export Faly s'est engagé à acheter toute leur production. En plus, les paysans qui respectent l'itinéraire technique Horeb peuvent exporter directement sur le marché mauricien, ce qui n'était pas envisageable quelques années plus tôt. L'autre incitation est venue de semences. Grâce à l'aide des partenaires techniques et financiers, la société a acquis des semences améliorées susceptibles d'accroître les rendements et de réduire les pertes après récolte, ce qui en dernier ressort se traduit par une augmentation de revenu pour les petits paysans.


Belle illustration de partenariat public privé (PPP) pour le développement du secteur privé, l'intégration des petits producteurs à l'économie formelle et la prise en charge des problèmes brûlants de sécurité sanitaire des aliments. Un tel projet requiert au préalable la mise en place d'un organisme d'homologation qui généralement manque dans le paysage de l'économie agricole dans notre région.



jeudi, avril 15

L'Afrique milliardaire

L'Afrique traverse le processus de peuplement et d'urbanisation le plus fulgurant de l'histoire de l'humanité. Selon les estimations médianes des Nations unies, l'Afrique au Sud du Sahara gagnera un milliard d'habitants au cours de ces quatre prochaines décennies. Elle sera peuplée de 1,8 milliards d'habitants en 2050, et représentera alors 19% de la population du globe. L'hypothèse de l'organisation des nations unies (O.N.U.) repose essentiellement sur une fécondité forte : 6,5 enfants par femme en moyenne en 1990 à 3,5 en 2025. Fondé par conséquent sur l'hypothèse d'une croissance démographique de 2,8 % en moyenne par an pendant 35 ans, le 1/4 de l'accroissement de la population dans le monde sera africain : soit 800 millions de personnes entre 1990 et 2025 et environ 1,8 milliards en 2050.

Quels impacts cette vigueur démographique aura-t-elle sur les trajectoires économique, sociale et politique de l'Afrique aujourd'hui économiquement marginalisée?

C'est le thème d'un débat lancé par l'Agence Française de Développement (AFD) à l'occasion du cinquantenaire des indépendances africaines.

C'est une problématique qui ne peut que susciter notre intérêt. L'évolution démographique est aujourd'hui encore présentée comme un frein au développement de l'Afrique. A travers le même paradigme, les analyses économiques jusqu`à recemment ont présenté la taille de la population en Asie comme la source principale de la pauvreté et de la vulnérabilité des populations.

A l'évidence, ce que nous observons aujourd'hui est aux antipodes de ce qui est annoncé. L'Asie affiche un dynamisme économique sans pareil dans le monde. Le moment semble-t-il est venu de jeter un autre regard sur nos milliards d'habitants qui peuvent constituer de vrais gisements de croissance si nous savons nous y prendre.

Au premier rang des challenges, se trouve la question de la sécurité alimentaire et du rôle que l'agriculture, en particulier le secteur privé (voir l'article sur le secteur privé agricole) doit jouer pour la transformation économique et sociale de l'Afrique sub-saharienne.

vendredi, août 28

Les Agro-entrepreneurs

Ces cinq dernières années, j'ai axé l'essentiel de mes travaux sur le financement des chaînes d'approvisionnement/de valeur, plus particulièrement l'agriculture. La chaîne de valeur est un concept relativement nouveau qui permet d'approcher les questions de développement de manière sélective, mais globale contrairement à ce qui s'est fait jusqu'à maintenant. Elle se définit comme la séquence organisée des différentes activités qui concourent à produire un bien ou un groupe de biens ou de service, depuis la matière première jusqu'au marché de consommation. En agriculture, on dit généralement "de la fourche à la fourchette". Elle prend également en compte les relations de collaboration indispensables entre les divers acteurs (petits et grands), le partage des ressources comme l'information, la technologie, le partage des risques et s'appuie sur un modèle économique qui permet à la filière d'être compétitive sur le marché de manière durable.

Une des difficultés auxquelles j'ai été confrontées réside dans la compréhension que la majorité des acteurs se font du secteur privé agricole, ce que j'appelle les agro-entrepreneurs. D'abord pour beaucoup, l'agriculture se limite aux producteurs, notamment les petits producteurs qui en constituent la frange la plus importante. Ensuite, vu que l'agriculture fait l'objet de plusieurs subventions (intrants, bonification de taux d'intérêt et garantie, etc.), plusieurs acteurs la considèrent comme le domaine réservé des états. Finalement, vu que le secteur est sinistré et qu'il recueille l'essentiel des populations vulnérables, le pouvoir public en a fait un sujet social. En effet, il n'est pas rare de voir dans l'attelage des gouvernements en Afrique, un ministère chargé à la fois de l'agriculture et du développement social.

Autant des paradigmes qui constituent des freins à la réflexion et aux propositions pour améliorer l'accès au financement et aux services bancaires pour les gro-entrepreneurs. J'ai tenté de dégrossir la problématique du secteur privé agricole à travers le tableau ci-après. Trois choses me semblent urgentes: 1) comprendre que les petits producteurs sont aussi des entrepreneurs; 2) que le secteur comprend d'autres acteurs aussi importants que les producteurs; et 3) pour attirer des flux financiers plus importants, l'agriculture doit nécessairement dépasser le cadre social pour faire une proposition de valeur commercialement viable. En d'autres termes, faire que investir dans l'agriculture soit durablement rentable. Cela passe nécessaire par un partenariat fécond entre le secteur public et le secteur privé. La Politique Agricole de la CEDEAO (ECOWAP) et le Programme Régional d'Investissement Agricole (PRIA) en cours de préparation en ont fait des principes qui vont fonder les stratégies de mise en oeuvre.

L'Afrique dispose d'énormes potentialités pour relever le défi de la famine et du développement basé sur son agriculture. Selon l'IFPRI (International Food Policy Reseach Institute), les opportunités sur les marchés domestiques et régionaux seraient de loin plus importantes que sur les marchés traditionnels d'exportation. Alors que la demande extérieure en matières premières et produits d'exportation de haute valeur devrait respectivement passer de 8 et 3 milliards de US dollars en 2000 à sensiblement 10 milliards pour chacun des sous secteurs en 2030, il est attendu que la demande sur les marchés locaux et régionaux à travers l'Afrique connaisse un bond de 50 à 150 milliards de US dollars au cours de la même période.

Il n'y a point de vent favorable pour celui qui ne connait pas son port ou sa direction. L'heure n'est plus aux tergiversations. Les orientations et les directions sont claires. Allons-y avec application, perséverance et constance. Les résultats doivent être au RDV pour faire de l'Afrique, le prochain pôle de croissance.

lundi, juin 8

Appel pour une vraie réforme de la gouvernance financière mondiale

Comme vous l'aurez constaté, je n'ai pas l'habitude de relayer les articles écrits par les autres sur ce site. Mais, après avoir lu cette note d'information de l'OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), je n'ai pu m'empêcher de le faire, tellement je me suis senti proche des positions prises.

En décembre dernier, dans la note de vœux formulés à l'adresse des amis et lecteurs, j'écrivais :

« L'année 2008 s'achève dans un contexte extrêmement difficile et on peut penser que les ondes de choc se feront sentir chez nous dans les mois à venir. Une motivation supplémentaire pour nous inciter à plus de raison (penser autrement), d'efficacité et de discipline ».

Comme on le prévoyait, la crise financière s'est doublée d'une crise économique aiguë, voire une récession pour plusieurs économies, y compris les pays du Nord. Au Sud, les entreprises exportatrices ont revu leurs prévisions à la baisse. Le secteur du tourisme agonise et le volume des transferts en provenance des émigrés s'est contracté. Au niveau de l'union, les banques commerciales qui, pendant longtemps ont boudé la BCEAO, se bousculent au portillon de l'institution d'émission et de régulation pour vendre leurs titres de créances sécurisées (obligations et bons de trésor, titres émis par les établissements de crédit, etc.), pour retrouver un peu de liquidité. Les mécanismes de décaissement de l'appui d'urgence du FMI décidé au G 20 de Londres et récemment de la BAD pour soulager les économies émergentes en détresse ne sont pas encore connus et le stock de dettes intérieures s'amplifie. C'est dire que ce n'est pas demain la veille. Il est à craindre que les prochaines phases soient marquées par des pertes massives d'emplois et une précarité généralisée.

Bonne lecture!

La CNUCED et l'OIF pour une « vraie réforme » de la gouvernance financière mondiale

Les cours des principales places boursières, orientés à la hausse depuis quelques semaines, ne doivent pas induire en erreur. Non seulement la crise financière mondiale n'est pas terminée mais ses effets sur l'économie réelle seront persistants et auront un coût social et humain très élevé, surtout dans les pays les moins favorisés.

Tel est le constat du premier symposium public de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), organisé du 18 au 19 mai à Genève. A cette occasion, l'Organisation internationale de la Francophonie a pu exprimer devant les participants une conviction qu'elle s'est forgée dès le début de la crise : la récession touchera avant tout les millions de personnes vivant dans les pays en développement et qui sont déjà en temps normal confrontés à des conditions de vie particulièrement difficiles. C'est en priorité pour eux que doit être réalisé le nécessaire effort de réforme de la gouvernance financière mondiale.

Pour aider les populations du Sud, il devient urgent de mettre en place un système de régulation financière planétaire, opérationnel, efficace et suffisamment représentatif et de convenir d'un mécanisme d'effacement de la dette. Les populations de nos Etats-membres attendent que l'on passe des déclarations d'intentions aux actions concrètes. Comme l'a déclaré le Secrétaire général de la CNUCED, M. Supachai Panitchpakdi, « nous devons mettre en œuvre de vraies réformes, nous ne pouvons pas nous contenter de changements cosmétiques ».

Les données économiques dont nous disposons sont plus qu'inquiétantes et devraient également nous pousser à l'action. Alors que les dernières prévisions économiques du Fonds monétaire international (FMI) font état d'une croissance limitée à seulement 1,5% en Afrique subsaharienne pour 2009 (contre 5,5% en 2008), ce sont les revenus liés au travail et les revenus de transfert qui risquent de chuter brusquement, faisant plonger des millions de personnes dans une extrême pauvreté.

Dans ce contexte peu réjouissant, on ne peut que se féliciter de l'engagement des institutions financières multilatérales, comme le FMI et la Banque mondiale, à augmenter le volume de leurs prêts concessionnels et à simplifier leurs conditions d'attribution. Cependant, l'action conjoncturelle, aussi nécessaire et impérative soit-elle, ne doit pas faire oublier que la crise a des causes structurelles et que c'est donc sur les fondations du système financier qu'il convient d'agir.

L'OIF considère pour sa part qu'il serait dommageable de laisser passer une telle occasion de réforme alors que la Communauté internationale est comme jamais mobilisée contre la crise et que le G20 de Londres a donné vie à un consensus pour l'action.

Tharcisse URAYENEZA,

Directeur du Développement durable et de la Solidarité de l'OIF

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