jeudi, juin 29

Pensée philosophique et économique (03)

Note: Cette note constitue la dernière partie de l'article. Lire les parties 01 et 02 avant d'aborder celle-ci. Merci pour vos commentaires!

Face à une telle situation où les repères traditionnels sont brouillés, que faire ? Jadis humilié et traité en paria (et pour cause !), l’Etat apparaît à la fois le dernier rempart et le ressort de la renaissance. Il est évident que si rien n’est fait, le capital international s’y emploiera à cœur joie dans sa forme la plus pernicieuse, ôtant tout espoir de développement aux populations.

Avec la mondialisation est née une nouvelle forme de rivalité; la compétition sur les marchés de consommation s’exerce de plus en plus entre les chaînes d’approvisionnement (supply chains) et des alliances de firmes issues de différents pays. Les entreprises de divers pays peuvent s’organiser pour produire et acheminer un groupe de produits sur le même marché de consommation. Cette nouvelle configuration confère à l’Etat, une nouvelle fonction ; celle d’une diplomatie économique au profit des entreprises citoyennes, c'est-à-dire, celles qui soutiennent son plan de développement.

Nous appelons à l’émergence d’un «Etat Promoteur » et stratège, capable de: 1) tracer la trajectoire du changement et donner le cap; 2) mobiliser les ressources humaines et culturelles (car il faut donner une âme au développement, nous ne pouvons pas tous être des citoyens d’un monde unilatéralement défini, mais nous avons le devoir de participer au développement de l’humanité grâce à nos différences positives); 3) créer les conditions d'amélioration de la compétitivité des firmes, particulièrement la PME au sens large (lever les blocages institutionnels, investir dans les infrastructures collectives pour réduire le coût des transactions et améliorer le climat général des affaires); et 4) engager des partenariats équilibrés à géométrie variable. L'implication de la Société Civile dans le processus de définition des stratégies de pays et le monitoring est un prérequis.

Une première dimension de ce partenariat concerne le rôle et la place à accorder à la coopération régionale. La construction des espaces régionaux est inéluctable de manière à cultiver nos complémentarités, développer nos marchés (atteindre la masse critique) et renforcer nos pouvoirs et capaités de négociation.

Une deuxième dimension concerne le choix des partenaires. La coopération Sud-Sud devra être privilégiée.

Une troisième dimension de ce partenariat implique la diplomatie économique et agissante pour à la fois faire valoir la vision, les choix du pays de même que les incitations mises en place pour favoriser les alliances équilibrées et orienter l’investissement étranger (différent des flux spéculatifs) dans les secteurs structurants.

La globalisation peut être positive pour nos économies et le bien être citoyen si à la place du fatalisme, nous adoptons une attitude proactive. Faire que la mondialisation marche pour les pauvres. L'offre publique d'achat (OPA) lancée par Mittal Steel contre Arcelor sonne le glas d'une époque et ouvre la voie à des perspectives nouvelles pour les pays moins développés, sérieux et travailleurs. La mondialisation jusqu’ici a été à sens unique. Le moment est venu d'aller faire le marché chez les pays développés. C'est l'histoire de l'arroseur arrosé.

Pensée philosophique et économique (02)

Note: cette note constitue la partie 02 de l'article. Par conséquent lire la première partie avant d'aborder celle-ci. Merci pour vos commentaires.
Autant la mondialisation est irréversible, autant la circulation des hommes est implacable. Elles ne peuvent guerre être dissociées et toute tentative de blocage n’est qu’un leurre, voire une vue de l’esprit. A une certaine école qui pense que la fin de l’émigration clandestine peut se décréter, il faut tout simplement rappeler qu’aucun mouvement démographique et social ne peut s’inverser du jour au lendemain. On n’arrête pas les eaux de la mer avec les bras.

En réalité, le mode d’organisation de l’économie mondiale n’a guère changé depuis cinq siècles. Certains pays doivent toujours dicter leurs volontés aux autres. Les donneurs d’ordre n’ont pas changé. Ce qui a changé, c’est le contenu de l’ordre. Auparavant, les pays développés allaient faire le marché de la main d’ouvre, forcée dans un premier temps (l’esclave) et néo-forcée dans un deuxième temps (la colonisation et les migrations massives de populations vers l’occident essentiellement) pour la transporter vers les métropoles en mettant à profit la révolution dans le transport maritime de masse.

Aujourd’hui, on assiste à une déconnexion des marchés de production avec les marchés de consommation. Ces deux types de marché couvrent des réalités différentes. Les marchés de consommation se distinguent par le haut niveau des salaires que les gains de productivité, acquis grâce à la matière grise (l’économie immatérielle ou la nouvelle économie) n’arrivent plus à compenser. Les marchés de production se caractérisent par des coûts de production relativement bas et des niveaux de vie précaires. La stratégie du capital international consiste à faire fabriquer à très bas prix dans les marchés de production pour vendre sur les marchés de consommation à haute valeur ajoutée. Les deux piliers de cette stratégie sont les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) et la révolution dans le transport maritime de marchandises. Cela explique pourquoi les multinationales délocalisent leur production dans les pays en développement qui offrent les garanties de sécurité pour les investissements. Ainsi, la traite prend-elle sa vraie dimension: on transporte uniquement la marchandise, non plus les humains.

Pour les pays à main d’œuvre moins chère, l’émigration a été un ascenseur social et continue d’alimenter le rêve de nombreux jeunes. Les revenus engrangés dans les pays occidentaux par les travailleurs migrants permettent de réaliser des investissements importants dans les pays d’origine et d’assurer les besoins de base de la famille désœuvrée. Rappelons que pour certains pays, les transferts de fonds des émigrés représentent chaque année l’équivalent des budgets nationaux.

Seulement, les données ont changé et il faut du recul pour comprendre les nouvelles règles. La volonté des pays développés est d’inverser la tendance. L’internationalisation de la production et des finances exige une mise en valeur de la main d’œuvre dans les marchés de production, c'est-à-dire les pays émetteurs de main d’œuvre à bas prix. L’immigration clandestine, jadis prospère et tolérée d’un coté et encouragée de l’autre, va connaître des jours extrêmement difficiles. Les vannes seront par contre ouvertes en fonction des besoins spécifiques pour faire face au vieillissement de la population ou au désintéressement des nationaux pour certains métiers. Est-ce cela l'immigration choisie?
Lire la partie 03 pour la suite et fin.

mercredi, juin 14

Mission impossible pour la PME africaine

Mission impossible pour la PME africaine est un article en élaboration. Le message clé est que la stratégie de développement telle qu'elle est mise en oeuvre aujourd'hui dans la plupart des pays africains est inopérante tout simplement parce que la vision de la PME est trop restrictive. A l'évidence, le modèle prédispose à une petite croissance face à une demande sociale de plus en plus forte.
Une caractéristique forte du tissu économique dans les pays en voie de développement, c’est que le secteur informel productif représente 90% de la création de richesse dont une bonne partie échappe à la comptabilité nationale. Des études empiriques récentes démontrent que la contribution des PME formelles à la création d’emploi et à la richesse nationale est inférieure à celle du secteur informel qui constitue la source de revenu d’environ 80% de la population, dont les plus pauvres.
En marginalisant le secteur productif non formel (les agriculteurs, les artisans et les petits métiers) , les économies africaines se privent de leur levier le plus important.
Par ailleurs, l'internationalisation de la production et du capital modifie les conditions de la concurrence. Les rivalités sur les marchés se déroulent désormais entre des entreprises de nationalités diverses qui s'organisent autour des fonctions d'approvisionnement, de production et de distribution, l'objectif commun étant d'offrir un groupe de produits sur les marchés de consommation à des prix très compétitifis.
Face à une telle situation, la PME prise individuellement est désemparée et impuissante. Le secteur productif non formel est de plus en plus exclu et n'a aucune chance de participer de manière équitable à l'économie mondiale. Le salut viendrait alors d'un "Etat Promoteur" ayant pour missions: 1) de faire les grands choix et de déterminer la trajectoire du changement ou de transformation de l'économie; 2) de créer un environnement favorable et une incitation forte à l'investissement privé et à l'inclusion du secteur informel, 3) de mobiliser des ressources spécifiques pour la fois financer les micro, petites et moyennes entreprises et renforcer leur capacité dans les secteurs structurants de l'économie, et 4) d'engager des partenariats agissants de soutien à la politique de développement. La Société Civile devra être fortement impliquée dans le processus de définition et de suivi des stratégies de pays. Une approche régionale est à priviligier.
Lire les 5 premières parties de l'article (voir le repertoire des contenus) en attendant la suite.
Merci pour vos commentaires et contributions. Vous pouvez les déposer directement en bas de l'article ou me les envoyer par email (voir dans la colonne à droite de la page).

mardi, juin 6

Pensée philosophique et économique (1)

L’individu, c’est l’expression d’une recherche constante d’harmonie entre l’esprit et le corps (ou la matière) d’une part, et entre la pensée et la réalité d’autre part, car le dédoublement et la sublimation sont le propre de « l’homo sapiens ». L’ego se forge au fil des années et des expériences. Il constitue son système de repérage ou sa grille de lecture de la matière.

L’individu, c’est aussi la gestion d’un conflit permanent entre le bien et le mal dans ses rapports avec les autres, car la morale ne se définit ou ne s’apprécie que par rapport aux autres.

L’homme n’a pas la tutelle de la mesure, car il est constamment écartelé entre son ego et la morale, le pouvoir et la justice. Les institutions deviennent ainsi le champ d’expression de la volonté commune et l’arbitre entre l’expression individuelle et collective. Elles tirent leur légitimité de la participation massive des citoyens.

La raison d’être de l’Etat est de créer les conditions pour l’expression individuelle et collective des citoyens et pour le bon fonctionnement des institutions afin que celles-ci soient des institutions citoyennes, c'est à dire au service des citoyens. La participation des citoyens est à ce prix.

Ainsi se définie la trilogie republicaine: l'individu, les institutions et l'Etat.

Toute forme d’exercice du pouvoir en dehors des institutions légitimes, ou toute forme de détournement des institutions au bénéfice de groupes organisés et au détriment des talents individuels conduit inévitablement à des dérives autoritaires. Il en va de même pour les formes d’organisation qui de par leur taille et leur présence internationale mettent en cause les équilibres nationaux.

L’internationalisation de la production et des finances a profondément bouleversé le mode de gestion de la cité et remis en cause la souveraineté des nations. Les frontières sont devenues virtuelles. Le capital international exerce une influence considérable sur les institutions, l’Etat et la vie citoyenne. Les bouleversements sont si sévères qu’ils résultent de deux visions fondamentalement antagonistes : la logique rentière qui privilégie le profit et le développement durable qui met l’homme au centre de toutes actions.

La crise des dragons du Sud Est asiatique des années 90 démontre à suffisance que le capital international est capable du bien comme du mal. Les avancées industrielles réalisées par ces pays grâce au flux de capitaux étrangers ont été douloureusement sacrifiées lorsque les pays de la région ont été contraints de dévaluer leur monnaie. Pour les pays occidentaux, la crise est le résultat de la mauvaise gouvernance. Les dirigeants des pays de l’Asie du Sud Est soutiennent encore aujourd’hui qu’ils ont tout simplement été punis pour s’être montré récalcitrants aux injonctions d’ouverture de leur marché.

L’enjeu pour nous, c’est d’abord de comprendre que le capital international est un mal nécessaire, ensuite de faire des choix en prenant en compte la logique des marchés, et enfin de savoir orienter les investissements afin de transformer la menace en opportunité de développement pour nos institutions, nos économies nationale et régionale et le bien être citoyen.

Lire Pensée philosophique et économique (2) pour la suite. D'ores et déjà, merci pour vos commentaires et contributions.

lundi, mai 29

Découpage de l'Histoire

Si l'histoire de la terre commence avec la formation géologique du globe terrestre et si l'histoire de l'humanité commence avec l'apparition du genre homo, on limite traditionnellement l'emploi du mot « Histoire » (avec une majuscule) pour les périodes qui nous sont connues par l'intermédiaire de sources écrites, quel que soit le support de ces sources et quels que soient les moyens par lesquels elles nous sont parvenues. Les périodes pour lesquelles de telles sources n'existent pas ayant été nommées, quant à elles, préhistoire et protohistoire.

Les périodes majeures de l'histoire sont, par convention :

  • Avant l'Histoire :
    • la préhistoire (de l'apparition de l'homme jusqu'à l'émergence des premières civilisations)
    • la protohistoire (période intercalaire des « peuples sans histoire », c'est-à-dire des civilisations postérieures à l'invention de l'écriture mais n'en faisant pas usage ; par exemple, les Celtes, les civilisations pré-coloniales de l'Afrique noire ou les « Indiens » d'Amérique entrent dans cette « période ».
  • L'Histoire :

(Les limites données entre parenthèses sont celles de l'historiographie française traditionnelle ; l'article détaillé concernant chaque période indique quelles peuvent être les autres limites retenues pour un découpage chronologique.)

Le débat sur la pertinence de ce découpage et sur les limites exactes de chaque période continue.

Extrait de WIKIPEDIA.GFDL. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire pour le texte intégral.

jeudi, mai 25

La problématique de la formation emploi

La question de l'adéquation formation emploi en Afrique fait en ce moment l’objet d’un débat constant face à la poussée du chômage, particulièrement celui des jeunes. Dans les pays d'Afrique subsaharienne, le chômage touche plus de 50% de la population active. Une certaine opinion pense que la solution réside dans la formation de gestionnaires plus qualifiés capables de prendre en main les questions de création et de développement des PME, le secteur privé étant "perçu" comme le moteur de la croissance.

La question de fond me semble-il, n'est pas tant la formation des gestionnaires. A Dakar par example, il y a de belles choses qui se font. Mais, les entreprises ne recrutent pas pour autant.

La question fondamentale est comment impulser le développement de nos économies, comment créer un climat favorable pour le renforcement de la compétitivité de la PME plurielle, sur le marché tant local qu'international pour celles qui doivent gérer cette fonction, car il est évident que toutes les PME ne peuvent pas exporter.

Cela requiert d'abord d'avoir des "Etats promoteurs" qui donnent des orientations précises à l'économie. Cela suppose des choix stratégiques qui indiquent les secteurs structurants et les incitations que le pouvoir public compte mettre en place pour attirer et développer les entreprises privées nationales et l'investissement direct étranger. Cela suppose des stratégies claires d'allocation des ressources publiques et de la constance dans les programmes (éviter les projets à la pelle montés selon les humeurs et les urgences du moment) avec un séquensement ou un phasage harmonieux dans le temps et un mécanisme de suivi évaluation pour mesurer la pertinence des choix et des actions. Cela implique également une grande capacité d'écoute et de décision, un travail de pédagogie, de mobilisation, de communication et de responsabilisation.

Le développement des ressources humaines ne peut se concevoir que dans ce cadre. La formation répondra alors à la question: quels métiers, expertises et compétences développer pour soutenir et accompagner le développement des secteurs stratégiques maintenant et dans le long terme. Ce travail de formation bien évidemment se fera par le secteur privé comme acteur et relais pour la pérennisation des actions, en partenariat étroit avec le secteur public.

C'est révolu le temps où on jetait la pierre à l'Etat au nom du libéralisme. C'est un leurre que de croire dans la perfection du marché. Nous sommes en Afrique les seuls à ne pas comprendre cela. Conséquence: nous avons ouvert grand nos marchés au commerce international sans être capables de l'animer.

S'il y a un besoin urgent de formation, c'est la conscientisation et la formation des décideurs publics et des planificateurs. Nos économies ploient pour l'essentiel sous le poids de contraintes institutionnelles, que ce soit la bureaucratie, l'accès au financement, l'accès à la terre et à la propriété, la sécurisation des investissements, le régime fiscal, la faiblesse des infrastructures, etc. Tant qu'elles ne seront pas levées, nous serons toujours les derniers de la classe. Travaillons à bâtir un Etat Promoteur, mieux structuré autour d'objectifs économiques ambitieux avec une équipe bien qualifiée qui en veut. Faire que le secteur public ne soit plus le déversoir, mais l'inducteur du développement et le facilitateur de la croissance pour la PME. Cela suppose aussi une moralisation de la vie publique pour affirmer les lignes de rupture. C'est cela, me semble-t-il, le chantier le plus urgent.

Vincent Akue

lundi, mai 22

Mission impossible pour la PME africaine (05)

Cette note constitue la suite de l'artile intitutée: Mission impossbile pour la PME africaine. Lire les parties précedentes d abord. Merci pour vos contributions!

Conséquences des choix actuels

Chômage endémique:
Il est évident que le schéma actuel condamne à la culture de la pauvreté et de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Comme dit l'adage, "on ne donne que ce que l'on a". Notre modèle de développement prédispose à créer une petite croissance alors que la demande sociale est de plus en plus forte. Dans la plupart des pays africains, le chômage touche plus de 50% de la population active. Dans les pays développés, on crie à la catastrophe lorsque ce taux frôle la barre de 10%.

L'émigration clandestine:
Les jeunes sont les plus touchés. Marginalisées, les compagnes n’en peuvent plus de retenir les vaillants fils qui déferlent sur les villes à la recherche d’un bien être illusoire. De même, l’exaspération et le désespoir en font des candidats naturels à l’émigration clandestine qui, de nos jours constitue l’entreprise humaine la plus périlleuse. Les mains déchiquetées et le corps lacéré et couvert de sang des candidats à l’émigration qui avaient pris d’assaut les grilles barbelées des enclaves de Ceuta et Millila avant d’être violemment réprimés par les forces de l’ordre nous le rappellent à suffisance. On estime également qu’entre 700 et 800 personnes tentent chaque jour la traversée de l’Atlantique vers l’archipel des Canaries aux portes de l’Europe à partir des côtes mauritanienne et sénégalaise et que 40% des bateaux qui prennent la mer font naufrage. Sans compter ceux qui utilisent les moyens les plus insolites : les trains d’atterrissage d'avion et les contenaires de marchandises. Et pourtant, les candidats à l’émigration clandestine sont toujours plus nombreux et rien n’entame leur détermination.

Le suicide massif de la jeunesse interpelle les consciences:
Comment et pendant combien de temps allons-nous rester impassibles devant le suicide massif et collectif de la jeunesse africaine? Cette jeunesse, littéralement chassée de chez elle par la misère et l'absence d'opportunité, refuse de rester les bras croisés et fait le pari de la mort contre un hypothétique mieux-être en Europe. Et pourtant, elle n’aspire qu’à une chose : se réaliser à travers le travail et relever le défi du développement durable afin de permettre à l'Afrique d'être au rendez-vous du millénaire. L'ampleur du drame interpelle toutes les consciences, les décideurs au premier plan qui se doivent de prendre leurs responsabilités. On ne peut pas imaginer une priorité qui transcende celle-ci et à l'heure du bilan, aucun satisfecit n'est possible sans une réponse durable au problème de l'emploi, particulièrement celui des jeunes.

Nécessité de recadrer le modèle économique:
Il urge par conséquent de revisiter nos choix et d’engager une transformation profonde de notre économie afin de la rendre plus compétitive et capable de créer des centaines de milliers d’emplois.

Dans la prochaine note, nous allons aborder les leçons apprises de l'expérience asiatique en termes de modèle de développement avant d'offrir nos pistes de solution pour le développement du secteur privé en Afrique.

samedi, mai 20

Mission impossible pour la PME africaine (04)

Cette note constitue la suite de l'article intitulé "Mission Impossible pour la PME Africaine. Par conséquent, bien vouloir lire d'abord les parties précédentes. Et merci pour vos contributions!

Influence de l'école occidentale ou absence de rigueur ?

Comment en est-on arrivé à ce glissement ou comment expliquer cet exercice du grand écart? Une raison toute simple est que ces entreprises sont moins visibles, souvent pauvres et ne rentrent pas dans la grille de pensée et d’analyse de l'élite formé en occident où le secteur informel est peu développé. En effet, ces entreprises ne sont pas capables de fournir les informations selon les formats requis pour alimenter notre grille d’analyse. Par ailleurs, dans notre perception et mode de pensée, le secteur privé est assimilé à de la richesse. Seuls les privilégiés (l’élite et les riches) ont le droit de cité dans le cercle du privé. Les difficiles rapports entre l’administration et les opérateurs privés en témoignent. Si vous êtes dans le privé, c’est parce que vous êtes riches.

Cette lecture malheureusement occulte la réalité cruelle de l’entrepreneur qui doit de tout temps prendre des risques (synonyme de privation aujourd’hui pour un espoir de gain demain) dans un environnement souvent hostile (la concurrence, les barrières institutionnelles, administratives, réglementaires, etc.). Si les entrepreneurs sont des créateurs, ils constituent une race extrêmement vulnérable avec un taux de mortalité extrêmement élevé. Combien sont-ils au départ et comment ont pu survivre. Qu’on ne s’y méprenne point. Sur 100 entreprises qui se créent, 80 sont susceptibles de disparaître avant d'atteindre l'age de 5 ans. A peine 5 deviendront des capitaines et feront fortune. Une autre explication est liée à la complexité du phénomène: l'informel. Devant autant de nébuleuses, on a vite fait de choisir la solution de facilité: la PME structurée, plus transparente et lisible.

Dès lors, la question légitime qu’on se pose est comment peut-on espérer créer suffisamment de richesse pour la nation entière à partir de quelques milliers de PME qui du reste, manquent d’articulation et de synergie (situation dans laquelle l’ensemble est plus grand que la somme des parties)? Nous sommes au cœur de la problématique et il y a donc lieu de se demander si nous ne passons pas largement à coté de la plaque en réduisant le secteur privé aux seules PME formelles. Pour se développer, les entreprises rurales de même que l’économie informelle n’ont pas besoin de charité. Tout comme les entreprises formelles installées dans nos faubourgs, elles sont demandeuses d’un environnement plus favorable et incitatif qui récompense le travail et la prise de risque.

La suite portera sur les conséquences de la politque économique actuelle.

samedi, avril 15

Mission impossible pour la PME africaine (03)

Ceci est la suite de l'article intitulé "Mission Impossible pour la PME africaine". Par conséquent, bien vouloir lire l'introduction et la partie 2 avant d'aborder celle-ci. Merci aussi pour les commentaires et les contributions.
Le choix politique

Face à la faillite de l’Etat providence et la poussée du libéralisme (démocratique), la plupart de nos pays ont fait le choix d’une économie de marché et entendent asseoir la création de richesse et la croissance sur le secteur privé. Cependant on est surpris de l’exercice du grand écart qui consiste à assimiler le secteur privé uniquement aux PME formelles désormais présentées comme le moteur de la croissance dans un marché de plus en plus global.

Par opposition au secteur public, le secteur privé désigne des entités économiques dont la majorité du capital ou de la propriété est détenue par un ou plusieurs individus. Le secteur privé se définit comme des unités qui ne relèvent ni de la propriété de l'Etat ni de la propriété collective et regroupe les entreprises multinationales, les fondations, les petites et moyennes entreprises (PME) et les corps professionnels, les micro-entrepreneurs qu’ils soient ruraux ou urbains.

Ce qui caractérise ces acteurs, c’est la prise de risque. Un entrepreneur est un agent économique qui porte une idée de projet (généralement une innovation) valorisable par un marché et accepte de prendre des risques. Le petit exploitant qui entreprend une production orientée vers le marché (différent de la culture de subsistance), investit dans les intrants, la production, dans un environnement très incertain et hostile (climat, accès limité difficile au marché, au crédit et à l'information, pertes élevées de récolte, etc) pour un marché qui n’est guère garanti, prend d’énormes risques. Il est un entrepreneur au même titre que celui qui produit des détergents ou celle qui crée une unité de transformation de produits agricoles dans les faubourgs des grandes villes. Le seul facteur qui les distingue, c’est le niveau d’investissement.

Par ailleurs, l’analyse du secteur privé fait la distinction entre le sous secteur moderne structuré et le sous secteur non structuré communément appelé «secteur informel» qui regroupe le petit commerce, les artisans, les activités agro-pastorales, les micro-entreprises rurales et leurs organisations.

La balcanisation économique
Le choix du libéralisme économique est sans doute judicieux, car aujourd'hui, il n'existe pas d'alternative. Les blocs ont disparu et la Chine, après des décennies de résistance s'y emploie à merveille au point de devenir importatrice de nourriture. Mais à la manière! Cependant, on est "désarmé" face au nouveau paradigme qui guide la mise en oeuvre de la politique économique et qui consiste à ne s'interesser qu'aux PME formelles et à relèguer le secteur informel et l’entreprenariat rural à des entités de seconde zone qui s'accomoderaient bien de solutions sociales ou de charité.
On comprendrait que pour des raisons de ciblage et d’efficacité, l’on puisse stratifier les entreprises selon les critères de taille, de forme juridique ou de localisation, parce que représentant des entités ayant des besoins spécifiques qui demandent des solutions particulières. Ce serait en revanche une erreur sémantique bien lourde de conséquences que de vouloir développer une politique qui marginalise les entreprises rurales et informelles, surtout que celles-ci représentent l’essentiel de notre base productive.

Une caractéristique forte du tissu économique dans les pays en voie de développement, c’est que le secteur informel productif représente 90% de la création de richesse dont une bonne partie échappe à la comptabilité nationale. Des études empiriques récentes démontrent que la contribution des PME formelles à la création d’emploi et à la richesse nationale est inférieure à celle du secteur informel qui constitue la source de revenu d’environ 80% de la population, dont les plus pauvres.

La prochaine note tente de donner des explications à cette héresie: la marginalisation des PME informelles qui aujourd'hui créent plus de richesse que les PME formelles.

jeudi, avril 13

Le Fonio, l'irrésistible ascension!


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Le fonio fait partie des céréales africaines dont les vertus sont encore peu connues. Tous les spécialistes s’accordent à lui reconnaître des qualités diététiques exceptionnelles. Le grain de fonio décortiqué ne contient pratiquement aucun lipide. De même, contrairement au riz et au mil, le fonio n’augmente pas le taux de sucre (glycémie) chez les diabétiques. Cette particularité fait du fonio un aliment recommandé pour les personnes atteintes d’obésité ou de diabète.
Longtemps resté un produit de luxe du fait des difficultés de transformation (les femmes mettent environ deux heures d'horloge pour piler 2 kg de fonio, et donc peu accessible du point de vue prix), cette céréale est devenue en quelques années un produit planétaire. Ayant les mêmes qualités gustatives que le riz, le fonio est de plus en plus consommé dans les grandes capitales africaines, Abidjan, Dakar, Bamko, Ouagadougou, Conakry où des restaurants modernes le proposent au menu. A New York comme à Paris, le fonio fait aussi du tabac, confirmant ainsi son irrésistible ascension. Au dernier salon de Dakar (mars 2006), les visiteurs se sont bousculés pour aller découvrir les merveilles de la petite céréale africaine que certains appellent "la coquette".
Le fonio (Digitaria exilis) est une céréale rustique qui pousse à l'état de nature. Elle s'adapte à presque toutes les conditions climatiques. Le fonio est cultivé exclusivement en Afrique de l'Ouest: Guinée-Conakry, Bénin, Mali, Burkina-Faso, Togo, Côte d'Ivoire, Sénégal, Gambie, Ghana. La Guinée-Conakry demeure de loin le plus gros producteur avec plus de 200 000 tonnes par an.