vendredi, septembre 29

Les Pesanteurs de la PME africaine

Je viens de terminer une tournée dans cinq pays de la sous-région (Niger, Bénin, Burkina Faso, Mali et Sénégal) pour le compte de la Foire Régionale de Développement, un projet initié par la Banque Mondiale en vue de promouvoir l'entreprenariat et la croissance dans les pays émergents. Entre autres activités, le projet organise des forums et le thème retenu pour la région Afrique de l'Ouest cette année est « Innovation dans l’esprit d’entreprise, moteur d’un développement accéléré de l’Afrique de l’Ouest ». Dans ce cadre donc, le projet a lancé un appel à concurrence pour la création d'entreprises innovantes et compétitives. Des récompenses (subventions et assistance technique) seront attribuées aux entrepreneurs sélectionnés sur la base de la viabilité commerciale et financière de leur projet démontrée à travers le plan d'affaires. Le projet implique d'autres partenaires comme les banques commerciales et autres institutions et agences d'appui au développement de la PME. Une centaine de finalistes présélectionnés sur la base de leurs idées novatrices participent à ce concours régional de plan d'affaires.

Mon rôle était de proposer le cadre conceptuel et la méthodologie adaptée qui permettent aux porteurs d'innovations de transformer leurs idées en entreprises viables. Ma tournée visait à faire les réglages et mises à niveau nécessaires afin que le binôme (entrepreneur et consultant - il est attaché à chaque participant, un consultant qui devra lui assurer le coaching nécessaire) puisse fonctionner efficacement. Question d'equité aussi: s'assurer que tous les concurrents ont accès à la même ressource (information, outils et capacité).
Il est certain que l'innovation est un facteur indispensable pour la compétitivité et la croissance de la PME. Cependant, elle n'est pas une finalité. Elle n'a d'utilité réelle que lorsqu'elle est transformée en valeur ajoutée pour le client. Elle est certes une source majeure d'avantages concurrentiels pour la firme. Mais encore faudra-t-il savoir élaborer la stratégie et le modèle d'entreprise qui permettent à la firme de délivrer une valeur supérieure aux clients et d'assurer une croissance durable. D'autre part, un créateur ou porteur d'innovation n'est pas nécessairement un entrepreneur. Alors, mettez tout cela ensemble et vous voyez très vite les enjeux de ma mission.
J'en viens maintenant à l'objet de cette note. Chaque fois que j'ai l'occasion lors des ateliers de formation, j'ouvre une discussion sur comment faire du choix de nos états, une réalité; autrement dit, comment faire pour que la PME devienne le moteur de la croissance et du développement. Au cours de l'atelier du Mali, j'ai eu droit à une excellente présentation d'un promoteur que je voudrais partager avec vous. Il commence sa présentation en disant: Ecoutez! Je suis de formation Ingénieur en mécanique et pour moi, tout s'explique par la mécanique, autrement dit la contradiction des forces. Pour lui, la PME dans notre environnement est tiraillée entre deux forces: les forces positives et les forces négatives (avec un dession à l'appui).
Au titre des forces négatives, on trouve:
  • la pesanteur sociale: la perception du privé , absence de considération pour l'entrepreur, le mythe du fonctionnaire (jusqu'à une date récente, c'etait la voie royale), les blocages culturels, etc.
  • la pesanteur du sous-développement: insuffisance d'infrastrure, qualité de la ressource humaine, étroitesse des marchés, l'accès difficile au financement et au marché, la globalisation dans un seul sens, etc.
  • la pesanteur de l'absence d'informations économiques: l'information est une matière première; elle est rare dans notre environnement.
  • la pesanteur de l'occident: absence d'autonomie politique et économique
  • La pesanteur (lourdeur) administrative: la bureaucratie, les contraintes institutionnelles, etc.

Au titre des forces positives, on trouve, envers et contre tous, l'ENTREPRENEUR. Pensez au charretier en train de tirer sa charrette alors que celle-ci est retenue par toutes les pesanteurs évoquées ci-avant. La mission est pratiquement impossible. L'image était trop forte. Et tout l'atelier a vivement acclamé notre ingénieur en mécanique. Belle leçon de mécanique pour les chercheurs que nous sommes!

Qu'en pensez-vous? Merci par avance pour vos commentaires!

samedi, août 12

Smart finance to induce growth and reduce poverty (01)

Can access to finance be a driver of the economy? I have developed a paper - 10 pages long - in which I have tried to answer this question. Given the limited space of this blog, I will just share with you the main conclusions. Of course, your comments and conributions are welcome. Thanks!
There is a general consensus that access to finance is one of the major impediments to SME development in transition and developing countries, particularly for export led businesses. In recent studies, SMEs identify financing, especially medium to long-term finance[1], as their topmost obstacle to growth and investment[2].
Evidence suggests that the challenge for improving SME’s access to finance lies in understanding the market and its needs. In most developing and transition countries, rural farm and non-farm activities and urban informal businesses constitute 90 % of wealth creation. Recent empirical studies show that SMEs and informal enterprises account for over 60% of GDP and over 70% of total employment in low-income countries. The study also indicates that the relative importance of SMEs and the informal sector (shadow economy) are inversely associated with economic development. In low-income countries, especially in the least developed economies, the contribution of SMEs to employment and GDP is less than that of the informal sector, where the great majority of the poorest of the poor make a subsistence level of living. Up to 80% of people in developing countries derive their incomes from the informal sector. Thus, the need for good financial mechanisms to support wealth creation and financial services in this sector is crucial.

Smart finance is a holistic (integrated, sector-focused) approach associating technical assistance (TA) with lending activities. It is based on the current best practice which brings TA and access to business information into the mainstream of financial services in order to mitigate operational risks and ensure investment sustainability.

A smart finance will lead to increase income and make markets work for the poor through improved access to demand driven financial services coupled with appropriate business development services. It represents the view that to be sustainable, access to finance for SME can no longer be dissociated with BDS or technical assistance. Access to finance is all about managing risk and making the business of the beneficiary profitable. Smart finance requires the followings:

o Understanding the market and copying strategies for borrowers, particularly the poor rural household (household practice of diversifying activities as coping and risk management strategy)
o Think in terms of market segment having specific needs to be addressed (the opposite of treating the market as a homogeneous entity).
o Address the risk that are inherent to their activity and be specifically responsive to the vulnerable groups (gender, rights based and equity issues).
o The provision of BDS services to support the lending activities and to address the barriers which are synonyms of additional cost and lack of compatibility. The right technical assistance and advisory capacity are crucial.
o Address information asymmetry issues by supporting access to business information services.
o Integrating the suppliers which remain the main source of funding, particularly for agricultural producers (both exporters and producers for local markets)
o The development of new financial instruments based on best practice ( what works, what does not work) and focusing on better understanding of the demand. Distinguish short term needs (social and safety net, working capital) from long term needs (investment, equity and seed capital). The loan guarantee schemes implying cost and risk sharing mechanisms seem to produce very encouraging results. Support broader donors partnerships based on capacity and distinctive advantages and expertise and risk sharing based on capacity.

A viable access to finance strategy should inevitably support this framework along specific cluster, particularly on export led supply chains.

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[1] Beck, T. A. Demirguc-Kunt and V. Maksimovic (2005), Financial and legal constraints to firm growth: does size matter.? Journal of Finance, Vol 60, No 1, pp137-177
[2] Ayyagari, Meghana., Thorsten Beck, Asli Demirgüc-Kunt (2003), “Small and Medium Enterprises Across the Globe”, World Bank Policy Research Working Paper 3127, August, Washington D.C.

Next, I will publish the policy recommendations. Thanks for your comments.

jeudi, août 10

Le saviez-vous?

Le développement « en vol d’oies sauvages » de Kaname AKAMATSU
Dans une étude menée en 1935, K. AKAMATSU compare le processus de développement d’un pays peu industrialisé et son insertion dans les échanges internationaux, à la migration des oies sauvages ; pour l’observateur qui est au sol, il semble que les ailes des oies en formation de vol, se superposent. C’est, dans une certaine mesure, une théorie du cycle de vie du produit adapté aux pays en voie de développement (PVD).
Dans un premier temps, le PVD n’exporte que des matières premières. La demande intérieure de produits manufacturés ne peut être satisfaite que par des importations en provenance des pays développés. À ce stade, le PVD développe peu ses échanges avec ses pays voisins qui ont des structures économiques comparables. Les échanges se font surtout avec des pays développés qui ont des structures très différentes.
Dans un deuxième temps, la croissance de la demande domestique permet d’envisager sur place une fabrication rentable de produits de consommation. Pour ces produits, la production nationale tend progressivement à se substituer à des importations, éventuellement découragées par des mesures protectionnistes. En revanche, les importations de biens d’équipement se développent, car elles sont nécessaires aux industries locales de production.
Dans un troisième temps, les producteurs locaux s’attaquent aux marchés des pays voisins. En même temps, les importations de matières premières en provenance de pays moins développés augmentent. On constate donc une expansion des échanges entre PVD. Simultanément, le pays considéré entreprend une production de biens d’équipement qui seront, à leur tour, exportés dans un quatrième temps.
Ce mode est édifiant et réflète assez bien le cycle de développement des pays du Sud. Cependant, il ne prend pas en compte la dimension globale du marché aujourd'hui plus que jamais dominé par la Finance internationale. Les modèles observés en Asie (Corée du Sud, Hong Kong, Malaisie, etc) et récemment en Afrique du Sud et du Nord (Tunisie et Maroc) décrivent plutôt un modèle en quatre phases: 1) exportation de matières premières; 2) industrialisation orientée vers les produits de substitution d'importation, 3) le développement d'un marché de production (implantation d'entreprises délocalisées supportées par un investissement privé massif) et 4) l'hégémonie régionale d'abord puis internationale par la suite. La Chine et l'Inde dans une moindre mesure sont aujourd'hui les exemples les plus illustratifs du parcours décrit.
Beaucoup de pays subsahariens se situent dans la phase 1 ou 2 du cycle et sont en panne de croissance, alors que la demande sociale est de plus en plus pressante, venant particulièrment du monde rural et des demandeurs d'emploi. Le modèle que nous préconisons à travers cette page ambitionne de proposer une trajectoire de développement susceptible de combiner les phases 3 et 4 avec trois axes majeurs: 1) l'équité qui consiste à élargir notre base de production, c' est à dire donner des opportunités à tous ceux qui veulent travailler ou créer, y compris le monde rural et le secteur non formel, et faciliter l'activité économique en général; 2) des choix concertés et orientés indiquant les secteurs struturants et les leviers de l'économie dans un environnement globalisé; et 3) des actions cohérentes et de la constance dans le temps.
Merci par avance pour vos commentaires.

jeudi, juillet 27

Etat Promoteur et Démocratie

Dans les articles précédents intitulés "Pensée Philosophique et Economique" et "Mission Impossible pour la PME Africaine", j'ai préconisé l'émergence d'un Etat Promoteur ayant pour mission entre autres, d'animer une diplomatie économique en faveur des PME et du développement. Qu'en est-il de la démocratie?
Un Etat Promoteur est par essence un Etat Démocratique. Qu'est-ce alors un Etat démocratique?
Un Etat démoratique est un état dans lequel sont bannies, toutes formes de violence, qu'elles soient verbales, physiques ou morales et d'où qu'elles viennent (individu, groupe, institution), qui privent les citoyens d'opportunités d'entreprendre ou de travailler afin de satisfaire leurs besoins de base: soins, éducation, nourriture et participation.
Un Etat démocratique est celui qui est capable d'assurer au citoyen un travail décent, car le travail est synomyme de liberté et de développement humain.
En tout état de cause, un Etat promoteur et démocratique est celui qui est capable de créer un environnement et des conditions favorables pour le développement et la compétitivité des entreprises, particulièrement les micro, petites et moyennes, créatrices d'emploi et de croissance.
L'Indice du Développement Humain (IDH) publié chaque année par le PNUD, peut-il être représentatif du niveau de développement d'un pays s'il ne prend pas en compte le taux de chômage et le nombre de jeunes sans emploi? Je suis tenté de penser qu'on peut valablement remplacer la formule actuelle par le taux de chômage des demandeurs d'emploi.
C'est un débat que je lance et je souhaite recueillir vos réactions. Vous pouvez les insérer au bas de ce texte dans la partie "Comments" ou m'envoyer un mail. Pour cela, cliquer sur "Send me an Email" dans la marge à droite. Merci par avance!

jeudi, juin 29

Pensée philosophique et économique (03)

Note: Cette note constitue la dernière partie de l'article. Lire les parties 01 et 02 avant d'aborder celle-ci. Merci pour vos commentaires!

Face à une telle situation où les repères traditionnels sont brouillés, que faire ? Jadis humilié et traité en paria (et pour cause !), l’Etat apparaît à la fois le dernier rempart et le ressort de la renaissance. Il est évident que si rien n’est fait, le capital international s’y emploiera à cœur joie dans sa forme la plus pernicieuse, ôtant tout espoir de développement aux populations.

Avec la mondialisation est née une nouvelle forme de rivalité; la compétition sur les marchés de consommation s’exerce de plus en plus entre les chaînes d’approvisionnement (supply chains) et des alliances de firmes issues de différents pays. Les entreprises de divers pays peuvent s’organiser pour produire et acheminer un groupe de produits sur le même marché de consommation. Cette nouvelle configuration confère à l’Etat, une nouvelle fonction ; celle d’une diplomatie économique au profit des entreprises citoyennes, c'est-à-dire, celles qui soutiennent son plan de développement.

Nous appelons à l’émergence d’un «Etat Promoteur » et stratège, capable de: 1) tracer la trajectoire du changement et donner le cap; 2) mobiliser les ressources humaines et culturelles (car il faut donner une âme au développement, nous ne pouvons pas tous être des citoyens d’un monde unilatéralement défini, mais nous avons le devoir de participer au développement de l’humanité grâce à nos différences positives); 3) créer les conditions d'amélioration de la compétitivité des firmes, particulièrement la PME au sens large (lever les blocages institutionnels, investir dans les infrastructures collectives pour réduire le coût des transactions et améliorer le climat général des affaires); et 4) engager des partenariats équilibrés à géométrie variable. L'implication de la Société Civile dans le processus de définition des stratégies de pays et le monitoring est un prérequis.

Une première dimension de ce partenariat concerne le rôle et la place à accorder à la coopération régionale. La construction des espaces régionaux est inéluctable de manière à cultiver nos complémentarités, développer nos marchés (atteindre la masse critique) et renforcer nos pouvoirs et capaités de négociation.

Une deuxième dimension concerne le choix des partenaires. La coopération Sud-Sud devra être privilégiée.

Une troisième dimension de ce partenariat implique la diplomatie économique et agissante pour à la fois faire valoir la vision, les choix du pays de même que les incitations mises en place pour favoriser les alliances équilibrées et orienter l’investissement étranger (différent des flux spéculatifs) dans les secteurs structurants.

La globalisation peut être positive pour nos économies et le bien être citoyen si à la place du fatalisme, nous adoptons une attitude proactive. Faire que la mondialisation marche pour les pauvres. L'offre publique d'achat (OPA) lancée par Mittal Steel contre Arcelor sonne le glas d'une époque et ouvre la voie à des perspectives nouvelles pour les pays moins développés, sérieux et travailleurs. La mondialisation jusqu’ici a été à sens unique. Le moment est venu d'aller faire le marché chez les pays développés. C'est l'histoire de l'arroseur arrosé.

Pensée philosophique et économique (02)

Note: cette note constitue la partie 02 de l'article. Par conséquent lire la première partie avant d'aborder celle-ci. Merci pour vos commentaires.
Autant la mondialisation est irréversible, autant la circulation des hommes est implacable. Elles ne peuvent guerre être dissociées et toute tentative de blocage n’est qu’un leurre, voire une vue de l’esprit. A une certaine école qui pense que la fin de l’émigration clandestine peut se décréter, il faut tout simplement rappeler qu’aucun mouvement démographique et social ne peut s’inverser du jour au lendemain. On n’arrête pas les eaux de la mer avec les bras.

En réalité, le mode d’organisation de l’économie mondiale n’a guère changé depuis cinq siècles. Certains pays doivent toujours dicter leurs volontés aux autres. Les donneurs d’ordre n’ont pas changé. Ce qui a changé, c’est le contenu de l’ordre. Auparavant, les pays développés allaient faire le marché de la main d’ouvre, forcée dans un premier temps (l’esclave) et néo-forcée dans un deuxième temps (la colonisation et les migrations massives de populations vers l’occident essentiellement) pour la transporter vers les métropoles en mettant à profit la révolution dans le transport maritime de masse.

Aujourd’hui, on assiste à une déconnexion des marchés de production avec les marchés de consommation. Ces deux types de marché couvrent des réalités différentes. Les marchés de consommation se distinguent par le haut niveau des salaires que les gains de productivité, acquis grâce à la matière grise (l’économie immatérielle ou la nouvelle économie) n’arrivent plus à compenser. Les marchés de production se caractérisent par des coûts de production relativement bas et des niveaux de vie précaires. La stratégie du capital international consiste à faire fabriquer à très bas prix dans les marchés de production pour vendre sur les marchés de consommation à haute valeur ajoutée. Les deux piliers de cette stratégie sont les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) et la révolution dans le transport maritime de marchandises. Cela explique pourquoi les multinationales délocalisent leur production dans les pays en développement qui offrent les garanties de sécurité pour les investissements. Ainsi, la traite prend-elle sa vraie dimension: on transporte uniquement la marchandise, non plus les humains.

Pour les pays à main d’œuvre moins chère, l’émigration a été un ascenseur social et continue d’alimenter le rêve de nombreux jeunes. Les revenus engrangés dans les pays occidentaux par les travailleurs migrants permettent de réaliser des investissements importants dans les pays d’origine et d’assurer les besoins de base de la famille désœuvrée. Rappelons que pour certains pays, les transferts de fonds des émigrés représentent chaque année l’équivalent des budgets nationaux.

Seulement, les données ont changé et il faut du recul pour comprendre les nouvelles règles. La volonté des pays développés est d’inverser la tendance. L’internationalisation de la production et des finances exige une mise en valeur de la main d’œuvre dans les marchés de production, c'est-à-dire les pays émetteurs de main d’œuvre à bas prix. L’immigration clandestine, jadis prospère et tolérée d’un coté et encouragée de l’autre, va connaître des jours extrêmement difficiles. Les vannes seront par contre ouvertes en fonction des besoins spécifiques pour faire face au vieillissement de la population ou au désintéressement des nationaux pour certains métiers. Est-ce cela l'immigration choisie?
Lire la partie 03 pour la suite et fin.

mercredi, juin 14

Mission impossible pour la PME africaine

Mission impossible pour la PME africaine est un article en élaboration. Le message clé est que la stratégie de développement telle qu'elle est mise en oeuvre aujourd'hui dans la plupart des pays africains est inopérante tout simplement parce que la vision de la PME est trop restrictive. A l'évidence, le modèle prédispose à une petite croissance face à une demande sociale de plus en plus forte.
Une caractéristique forte du tissu économique dans les pays en voie de développement, c’est que le secteur informel productif représente 90% de la création de richesse dont une bonne partie échappe à la comptabilité nationale. Des études empiriques récentes démontrent que la contribution des PME formelles à la création d’emploi et à la richesse nationale est inférieure à celle du secteur informel qui constitue la source de revenu d’environ 80% de la population, dont les plus pauvres.
En marginalisant le secteur productif non formel (les agriculteurs, les artisans et les petits métiers) , les économies africaines se privent de leur levier le plus important.
Par ailleurs, l'internationalisation de la production et du capital modifie les conditions de la concurrence. Les rivalités sur les marchés se déroulent désormais entre des entreprises de nationalités diverses qui s'organisent autour des fonctions d'approvisionnement, de production et de distribution, l'objectif commun étant d'offrir un groupe de produits sur les marchés de consommation à des prix très compétitifis.
Face à une telle situation, la PME prise individuellement est désemparée et impuissante. Le secteur productif non formel est de plus en plus exclu et n'a aucune chance de participer de manière équitable à l'économie mondiale. Le salut viendrait alors d'un "Etat Promoteur" ayant pour missions: 1) de faire les grands choix et de déterminer la trajectoire du changement ou de transformation de l'économie; 2) de créer un environnement favorable et une incitation forte à l'investissement privé et à l'inclusion du secteur informel, 3) de mobiliser des ressources spécifiques pour la fois financer les micro, petites et moyennes entreprises et renforcer leur capacité dans les secteurs structurants de l'économie, et 4) d'engager des partenariats agissants de soutien à la politique de développement. La Société Civile devra être fortement impliquée dans le processus de définition et de suivi des stratégies de pays. Une approche régionale est à priviligier.
Lire les 5 premières parties de l'article (voir le repertoire des contenus) en attendant la suite.
Merci pour vos commentaires et contributions. Vous pouvez les déposer directement en bas de l'article ou me les envoyer par email (voir dans la colonne à droite de la page).

mardi, juin 6

Pensée philosophique et économique (1)

L’individu, c’est l’expression d’une recherche constante d’harmonie entre l’esprit et le corps (ou la matière) d’une part, et entre la pensée et la réalité d’autre part, car le dédoublement et la sublimation sont le propre de « l’homo sapiens ». L’ego se forge au fil des années et des expériences. Il constitue son système de repérage ou sa grille de lecture de la matière.

L’individu, c’est aussi la gestion d’un conflit permanent entre le bien et le mal dans ses rapports avec les autres, car la morale ne se définit ou ne s’apprécie que par rapport aux autres.

L’homme n’a pas la tutelle de la mesure, car il est constamment écartelé entre son ego et la morale, le pouvoir et la justice. Les institutions deviennent ainsi le champ d’expression de la volonté commune et l’arbitre entre l’expression individuelle et collective. Elles tirent leur légitimité de la participation massive des citoyens.

La raison d’être de l’Etat est de créer les conditions pour l’expression individuelle et collective des citoyens et pour le bon fonctionnement des institutions afin que celles-ci soient des institutions citoyennes, c'est à dire au service des citoyens. La participation des citoyens est à ce prix.

Ainsi se définie la trilogie republicaine: l'individu, les institutions et l'Etat.

Toute forme d’exercice du pouvoir en dehors des institutions légitimes, ou toute forme de détournement des institutions au bénéfice de groupes organisés et au détriment des talents individuels conduit inévitablement à des dérives autoritaires. Il en va de même pour les formes d’organisation qui de par leur taille et leur présence internationale mettent en cause les équilibres nationaux.

L’internationalisation de la production et des finances a profondément bouleversé le mode de gestion de la cité et remis en cause la souveraineté des nations. Les frontières sont devenues virtuelles. Le capital international exerce une influence considérable sur les institutions, l’Etat et la vie citoyenne. Les bouleversements sont si sévères qu’ils résultent de deux visions fondamentalement antagonistes : la logique rentière qui privilégie le profit et le développement durable qui met l’homme au centre de toutes actions.

La crise des dragons du Sud Est asiatique des années 90 démontre à suffisance que le capital international est capable du bien comme du mal. Les avancées industrielles réalisées par ces pays grâce au flux de capitaux étrangers ont été douloureusement sacrifiées lorsque les pays de la région ont été contraints de dévaluer leur monnaie. Pour les pays occidentaux, la crise est le résultat de la mauvaise gouvernance. Les dirigeants des pays de l’Asie du Sud Est soutiennent encore aujourd’hui qu’ils ont tout simplement été punis pour s’être montré récalcitrants aux injonctions d’ouverture de leur marché.

L’enjeu pour nous, c’est d’abord de comprendre que le capital international est un mal nécessaire, ensuite de faire des choix en prenant en compte la logique des marchés, et enfin de savoir orienter les investissements afin de transformer la menace en opportunité de développement pour nos institutions, nos économies nationale et régionale et le bien être citoyen.

Lire Pensée philosophique et économique (2) pour la suite. D'ores et déjà, merci pour vos commentaires et contributions.

lundi, mai 29

Découpage de l'Histoire

Si l'histoire de la terre commence avec la formation géologique du globe terrestre et si l'histoire de l'humanité commence avec l'apparition du genre homo, on limite traditionnellement l'emploi du mot « Histoire » (avec une majuscule) pour les périodes qui nous sont connues par l'intermédiaire de sources écrites, quel que soit le support de ces sources et quels que soient les moyens par lesquels elles nous sont parvenues. Les périodes pour lesquelles de telles sources n'existent pas ayant été nommées, quant à elles, préhistoire et protohistoire.

Les périodes majeures de l'histoire sont, par convention :

  • Avant l'Histoire :
    • la préhistoire (de l'apparition de l'homme jusqu'à l'émergence des premières civilisations)
    • la protohistoire (période intercalaire des « peuples sans histoire », c'est-à-dire des civilisations postérieures à l'invention de l'écriture mais n'en faisant pas usage ; par exemple, les Celtes, les civilisations pré-coloniales de l'Afrique noire ou les « Indiens » d'Amérique entrent dans cette « période ».
  • L'Histoire :

(Les limites données entre parenthèses sont celles de l'historiographie française traditionnelle ; l'article détaillé concernant chaque période indique quelles peuvent être les autres limites retenues pour un découpage chronologique.)

Le débat sur la pertinence de ce découpage et sur les limites exactes de chaque période continue.

Extrait de WIKIPEDIA.GFDL. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire pour le texte intégral.

jeudi, mai 25

La problématique de la formation emploi

La question de l'adéquation formation emploi en Afrique fait en ce moment l’objet d’un débat constant face à la poussée du chômage, particulièrement celui des jeunes. Dans les pays d'Afrique subsaharienne, le chômage touche plus de 50% de la population active. Une certaine opinion pense que la solution réside dans la formation de gestionnaires plus qualifiés capables de prendre en main les questions de création et de développement des PME, le secteur privé étant "perçu" comme le moteur de la croissance.

La question de fond me semble-il, n'est pas tant la formation des gestionnaires. A Dakar par example, il y a de belles choses qui se font. Mais, les entreprises ne recrutent pas pour autant.

La question fondamentale est comment impulser le développement de nos économies, comment créer un climat favorable pour le renforcement de la compétitivité de la PME plurielle, sur le marché tant local qu'international pour celles qui doivent gérer cette fonction, car il est évident que toutes les PME ne peuvent pas exporter.

Cela requiert d'abord d'avoir des "Etats promoteurs" qui donnent des orientations précises à l'économie. Cela suppose des choix stratégiques qui indiquent les secteurs structurants et les incitations que le pouvoir public compte mettre en place pour attirer et développer les entreprises privées nationales et l'investissement direct étranger. Cela suppose des stratégies claires d'allocation des ressources publiques et de la constance dans les programmes (éviter les projets à la pelle montés selon les humeurs et les urgences du moment) avec un séquensement ou un phasage harmonieux dans le temps et un mécanisme de suivi évaluation pour mesurer la pertinence des choix et des actions. Cela implique également une grande capacité d'écoute et de décision, un travail de pédagogie, de mobilisation, de communication et de responsabilisation.

Le développement des ressources humaines ne peut se concevoir que dans ce cadre. La formation répondra alors à la question: quels métiers, expertises et compétences développer pour soutenir et accompagner le développement des secteurs stratégiques maintenant et dans le long terme. Ce travail de formation bien évidemment se fera par le secteur privé comme acteur et relais pour la pérennisation des actions, en partenariat étroit avec le secteur public.

C'est révolu le temps où on jetait la pierre à l'Etat au nom du libéralisme. C'est un leurre que de croire dans la perfection du marché. Nous sommes en Afrique les seuls à ne pas comprendre cela. Conséquence: nous avons ouvert grand nos marchés au commerce international sans être capables de l'animer.

S'il y a un besoin urgent de formation, c'est la conscientisation et la formation des décideurs publics et des planificateurs. Nos économies ploient pour l'essentiel sous le poids de contraintes institutionnelles, que ce soit la bureaucratie, l'accès au financement, l'accès à la terre et à la propriété, la sécurisation des investissements, le régime fiscal, la faiblesse des infrastructures, etc. Tant qu'elles ne seront pas levées, nous serons toujours les derniers de la classe. Travaillons à bâtir un Etat Promoteur, mieux structuré autour d'objectifs économiques ambitieux avec une équipe bien qualifiée qui en veut. Faire que le secteur public ne soit plus le déversoir, mais l'inducteur du développement et le facilitateur de la croissance pour la PME. Cela suppose aussi une moralisation de la vie publique pour affirmer les lignes de rupture. C'est cela, me semble-t-il, le chantier le plus urgent.

Vincent Akue