jeudi, mai 18

La chaîne de valeur et la compétitivité des produits agricoles

Mise au point par Michael Porter, la chaîne de valeur est un outil d’analyse stratégique permettant d’identifier, au sein d’une entreprise, les différentes activités clés créatrices de valeur pour le client et une marge satisfaisante pour l’entreprise. Elle repose sur l’enchaînement, la succession d’activités étape par étape jusqu’au produit ou service final. Chaque étape permet d’y ajouter de la valeur formant ainsi « la chaîne de valeur ou la valeur en chaîne».

Appliquée à une filière agricole, la chaîne de valeur représente un ensemble d'activités interdépendantes et séquentielles dont la mise en œuvre permet de créer de la valeur identifiable et mesurable pour un produit sur un marché spécifique. Elle comprend les acteurs directs que sont les fournisseurs d’intrants agricoles, les producteurs, les commerçants et négociants, les industriels et les distributeurs de produits transformés. Le deuxième groupe d’acteurs  est  formé des fournisseurs de services de soutien comme les agrégateurs, les gestionnaires de magasins de stockage ou de conservation, les concepteurs de marque et fournisseurs d’emballage, le transport logistique, les prestataires de services spécialisés divers comme les instituts de recherche, la certification, les services de marketing et de communication et bien sûr, les fournisseurs de services financiers et d’informations de marché.

Au niveau macro, la chaîne de valeur intègre également les infrastructures (route, électricité et eau), le cadre légal et règlementaire (foncier, normes et labélisation, fiscalité, règlementation régionale et internationale, etc.) et la politique de développement du secteur qui constituent aussi des leviers majeurs de compétitivité pour la chaîne de valeur.

Premier enseignement : le cadre d’analyse de l’agriculture ou de l’évaluation d’un investissement dans l’agriculture doit aller au-delà de la production et des petits exploitants qui les caractérisent en Afrique subsaharienne. C’est à tout ce florilège d’acteurs économiques interdépendants (micros, petits, moyens et grands) et à leur système de marché que nous devons désormais penser lorsque nous abordons l’agriculture commerciale.

Deuxième enseignement : le marché, c’est à dire les consommateurs, constitue l’essence et le point d’ancrage, d’où  l’importance de bien comprendre les mécanismes de marché si l’on veut optimiser une chaîne de valeur. Ce sont les exigences du marché et de la compétitivité du produit qui déterminent la structure (complexe ou simple, courte ou longue) de la chaîne de valeur. On dit qu’une chaîne de valeur se construit de la gauche vers la droite ou de l’amont vers l’aval mais s’exécute de la droite vers la gauche.

Comparée à la filière, la chaîne de valeur se distingue par son approche orientée marché et son focus sur des produits finis. En effet, la filière part d’un produit de base et aboutit à des produits finis alors que la chaîne de valeur part d’un produit particulier ou spécifique pour un marché précis (local, sous régional, international). Par exemple, quand on parle de filière manioc, le produit de base est le manioc et les produits finis sont les cossettes, le gari, l’attiéké, le couscous, les spaghettis, le foutou, les chips, les beignets, les gaufrettes, le yaourt, l’éthanol, etc. Les chaînes de valeur dans ce cas sont par exemple, le gari, le foutou, l’attiéké, les beignets sur le marché de l’Afrique de l’Ouest, le bâton de manioc sur le marché de l’Afrique Centrale, les agglomérés et les cossettes de manioc pour le bétail en Europe et en Asie.  

Par ailleurs, dans l’approche chaîne de valeur, les acteurs sont interdépendants et la démarche est collective. On se préoccupe de la compétitivité de la chaîne. Certains parlent de « compétition collective » qui est à l’antipode de la compétition individuelle et des rapports en bras de fer qui caractérisent la filière. Au cœur de ce collectif, se trouve l’intensité du partage d’information qui est bien plus déterminante que le capital dans le bon fonctionnement de la chaîne de valeur. Pour que le collectif marche, l’information doit être partagée tout au long de la chaine de valeur sur les exigences du marché (les consommateurs, la qualité des produits demandés et les préférences), l’itinéraire technique du produit, les normes, les prix, les cycles, les variétés et leurs rendements, la qualité des sols, la recherche et les innovations, les technologies, la compétition mondiale et les fenêtres de tir pour les divers produits, la politique de l’Etat, etc.

Troisième enseignement : les flux informationnels sont aussi importants que les physiques de marchandises. Le partage d’information est crucial pour la compétitivité de la chaîne. Il donne de la visibilité et de la transparence dans un système d’organisation ou dans ce dispositif institutionnel aussi complexe que la chaîne de valeur. Les risques sont mieux partagés lorsque les flux physiques et informationnels sont alignés. Les fournisseurs de services financiers et de capitaux (banques, assurances, fonds d’investissement). Les risques sont portés de manière équitable, c’est à dire par les acteurs qui sont les mieux équipés et ils sont rémunérés en raison des risques pris.

Somme toute, la chaîne de valeur est basée sur des systèmes intégrés, une production différenciée, la gestion des risques, des besoins d’information et l’interdépendance des exploitants agricoles et des autres acteurs du système de marché. J’espère que cet article vous a édifié sur la chaîne de valeur agricole et ce qui la distingue de la filière, deux termes qui sont fréquemment utilisés de manière interchangeable alors qu’ils n’ont pas la même signification.

Pour bien comprendre une chaîne de valeur, il faut en saisir le modèle économique. Je vous entretiendrai prochainement sur les divers modèles économiques qui permettent d’intégrer les petits exploitants, socle de l’agriculture en Afrique subsaharienne au marché et à l’économie dans le but d’améliorer leur revenu, de réduire la pauvreté rurale et de promouvoir une croissance inclusive.   

En attendant, faites-moi part de vos commentaires. Merci.

mercredi, mars 29

L'agriculture a le pouvoir de transformer les économies en Afrique

Le développement agricole est à la traîne en Afrique subsaharienne. Alors que le PIB global a augmenté de plus de 6% par an entre 2001 et 2008, le PIB agricole n’a augmenté que de 3,4%. Dans un contexte global, l'Afrique subsaharienne est la seule région qui n'a pas réussi à améliorer la productivité agricole, pour diverses raisons, dont le sous-investissement, les infrastructures insuffisantes, l'insécurité foncière, les politiques de prix défavorables, la faiblesse des institutions, la déconnexion des marchés et les risques agricoles systémiques liés aux changements climatiques.

La région est encore fortement dépendante de l’importation pour nourrir sa population. En 2011, l'Afrique subsaharienne a importé $43 milliards de produits agricoles tout en exportant $34 milliards ce qui a eu comme conséquence un ralentissement des investissements et la flambée des prix des produits de base. Selon la BCEAO, l’évolution des prix à la consommation entre 2002 et 2011 a été essentiellement imprimée par le niveau de la production vivrière dans l’Union, et les tensions sur les cours mondiaux du pétrole brut et des importations vivrières. 

Le renforcement de l'agriculture africaine est donc une nécessité et un moyen de répondre à la demande croissante en nourriture induite par l’accroissement de la population et une urbanisation galopante. Un quart des habitants de la planète en 2050 seront Africains, selon une récente étude de l’ONU sur l'évolution de la population mondiale dont 60% vivront en ville. Plus d’un milliard d’Africains seront des citadins, contre 400 millions actuellement. Les projections anticipent un taux d’urbanisation de 50% d’ici l'année 2030 et de 62% en 2050. Déja des villes comme Lagos and Kano comptent plus de 20 millions d’habitants.

La ville africaine, c’est aussi le lieu d’expression préféré de la jeunesse (l’âge moyen des citadins africains est de 18 ans) particulièrement touchée par la précarité de l’emploi. Ils sont sans réelles opportunités d’emploi à cause de la faiblesse du tissu industriel et la prépondérance des entreprises commerciales.  

Et pourtant, l’agriculture présente un énorme potentiel en Afrique subsaharienne. La région dispose de vastes quantités de terres non cultivées - près de la moitié de la disponibilité mondiale, des ressources en eau inexploitées et de la main d’œuvre abondante et peu coûteuse.  Par ailleurs,  de nombreux gisements d’amélioration existent : gap substantiel sur les rendements, faiblesse de la mécanisation agricole et du taux de transformation des produits de base, les pertes énormes de récolte, méconnaissance et approche intuitive des marchés, etc. 

De nombreuses études ont également conclu que la croissance générée par l'agriculture en Afrique subsaharienne est plusieurs fois plus efficace pour réduire la pauvreté et créer des emplois que la croissance du PIB dans d'autres secteurs.  Ceci est d’autant plus vrai que la région regorge d’atouts et de moyens. La région possède de vastes terres non cultivées, soit près de la moitié de la disponibilité mondiale, des ressources en eau inexploitées. C’est pour cela qu’elle doit être au cœur de l’agenda de la transformation de nos économies. Pour ce faire, elle doit être attrayante et compétitive  ce qui nécessite des investissements massifs, aussi bien publics que privés, la création d’opportunités nouvelles pour l’entreprenariat des jeunes et une meilleure connexion aux marchés domestiques et régionaux. Cela peut se produire en optimisant les chaînes de valeur agricoles à fort potentiel de croissance en veillant à intégrer le maximum de petits producteurs dans l’économie formelle.

ll existe un florilège de modèles économiques qui soutiennent les petits agriculteurs, le socle de l’agriculture commerciale dans la région et l’industrie agroalimentaire tout en facilitant leurs accès aux services financiers, aux intrants, aux technologies, à la matière première de manière régulière, aux marchés et à l’information. Ces modèles ont fait leur preuve  


Dans les prochaines notes, je vais tenter de répondre aux questions suivantes: Qu’est-ce qu'une chaîne de valeur agricole, en quoi est-elle différente de la filière, quels sont ces modèles économiques que les entreprises actives dans les systèmes de  marché déploient pour accroître la valeur ajoutée, assurer la compétitivité de leurs produits sur les marchés et s’adapter aux mutations, et comment l’approche de financement des chaînes de valeur met en évidence les opportunités d’investissement rentables et attise l’appétit grandissant du secteur financier pour l’agriculture. 

lundi, décembre 31

Mur ou falaise budgétaire, cela ressemble fort à la fin du monde!

 Il y a quelques semaines, le monde entier était agité par des dérives prophétiques et cataclysmiques  qui annonçaient la fin du monde une première fois pour le 12 décembre 2012 et une deuxième fois pour le 21 décembre 2012 à 12h12 qui marque la fin du calendrier Maya.   

Quand le 21 décembre dernier, notre fille avec la pointe d'humeur qui la caractérise nous appelle pour savoir si les transformations annoncées se sont produites,  je lui ai spontanément répondu que nous étions indifférents et que les Australiens venaient d'annoncer au petit matin du 22 décembre qu'ils se portent comme un charme. J'en ai profité pour lui dire qu'à mon avis, la fin du monde pourrait être le 31 décembre 2012 si les Américains n'arrivent à s'accorder sur comment régler la question de la dette publique. Faute d'accord, une cure d'austérité va se mettre automatiquement en place dès le 2  janvier 2013, avec une hausse généralisée des impôts pour environ 200 milliards de dollars et des coupes drastiques dans les dépenses publiques de l'ordre de 400 milliards de dollars. Pour le contexte, rappelons que le déficit budgétaire américain pour l'année 2012 sera de 1 100 milliards de dollars, dépassant ainsi le plafond de 607 milliards autorisé par le Congrès en août 2011 afin de contenir la dette publique qui a atteint un niveau abyssal de 16 399 milliards de dollars, jugé  insoutenable pour l'économie américaine.
Ce choc risque de faire replonger la première économie mondiale dans la récession. Selon les estimations du Congress Budget Office, le PIB réel des États-Unis serait impacté de 3,9 points rien qu'en 2013. Ce qui plongerait l'économie en récession dès le début 2013! De plus, le chômage, qui vient péniblement de repasser sous la barre des 8%, grimperait à nouveau à plus de 9%.  Selon certaines estimations, on devrait assister à une hausse de 20% des prélèvements et un quasi doublement du taux de chômage aux Etats Unis. Le FMI prévoit une perte du PIB de 3% par rapport aux prévisions de 2,1% de croissance retenue pour les Etats Unis en 2013.

Nous avons survécu la fin du monde annoncée pour le 21 décembre 2012. Cependant, je ne suis pas sûr que nous puissions tenir le coup devant ce qui me parait à l'évidence comme la plus grande menace contre l'équilibre déjà fragile du monde global. Une nouvelle récession aux Etats Unis conduirait inéluctablement à une annihilation des efforts entrepris en Europe, en Afrique et ailleurs dans le monde pour sortir de la crise. Nous n'en mourrons pas tous, ce qui veut dire que ce ne sera pas la fin du monde, mais personne n'en sera épargné tout comme ce fut pour la crise des subprimes.
Nous espérons que les Américains sauraient raison garder pour épargner au monde d'autres souffrances inutiles. C'est donc sur cette note d'espoir que je vous dis bonnes fêtes de fin d'année 2012 et meilleurs vœux de paix et de prospérité pour la Nouvelle Année 2013.

Cordialement,
 

dimanche, décembre 25

Afrique, continent d’opportunités

L’année 2011 bien que tumultueuse à bien des égards, s’achève sur une note d’espoir pour l’Afrique qui est désormais présentée comme un continent d’opportunités. Le 13 mai 200o, la page de couverture du magazine Economist titrait : « Afrique , le continent sans espoir ». Un peu plus de dix années plus tard, plus précisément en décembre 2011, le même magazine publie successivement ces deux articles : « Africa’s hopeful economies : The sun shines bright » et « The hopeful continent : Africa rising ».
La réalité est que les lignes ont bougé et que l'Afrique se trouve au tournant de son histoire. Le dernier rapport sur les progrès en Afrique élaboré par le Panel Africa Progress présidé par Koffi Anam confirme la tendance : « Celui qu’on qualifiait de continent désespéré il y a dix ans, est incontestablement devenu le continent de l’espoir ». Ceci n’est certainement pas un hasard, mais le fruit de vos efforts, les filles et fils d’Afrique. Ce n’est donc pas le moment de baisser les bras.
A la veille de la Nouvelle Année, je voudrais vous transmettre mes vœux de santé, de paix et de réussite et surtout d’encouragement afin que vous « transformiez vos essais en beauté » comme disent les amoureux du rugby.

Un Joyeux Noël à tous. Bonne et Heureuse Année 2012.

mardi, avril 12

L’accaparement des terres agricoles en Afrique

Les prix des produits agricoles flambent, la hantise des terres agricoles s'accentue. Selon le site farmlandgrab.org, de nombreux pays non africains se lancent dans une course effrénée pour acquérir des terres de culture en Afrique. La Banque Mondiale annonce que les transactions sur le foncier dans le monde portent sur 45 millions d'hectares de terres agricoles. Les principaux investisseurs sont actuellement les États du Golfe, mais la Chine, la Corée du Sud et plus récemment l'Inde. Les objectifs d'investissement sont principalement les pays d'Afrique, mais également l' Asie du Sud-Est et de l'Amerique du Sud.


Selon les estimations, la superficie des terres africaines achetées par des intérêts étrangers ces trois dernières années atteindrait 20 millions d'hectares, vendus ou loués pour des périodes allant de 50 à 100 ans, ce qui correspond à 10 fois le volume moyen de la décennie précédant l'année de la crise alimentaire. Les pays africains visés essentiellement, selon les statistiques de International Food Policy Research Institute (IFPRI) sont la RDC, le Mozambique, la Tanzanie, le Soudan, l'Ethiopie, Madagascar, le Mali, etc. Ces chiffres sont éloquents.


Alors que certains pays continentaux se posent en champions en encourageant le phénomène, d'autres mènent encore la réflexion sous la pression des organisations paysannes pour déterminer la conduite à tenir face à ce qu'il convient d'appeller (Walf Fadjri, 01 Fev 2011 ) la spoliation des terres des paysans africains et l'avenir de l'agriculture familiale.


Comme on le voit, la question est souvent abordée sous le prisme des relations Nord Sud, c'est-à-dire le Nord industrialisé qui s'accapare les terres des pays du Sud en développement. En réalité, Il y a deux aspects à la question que je voudrais mettre en exergue.


Investir à l'étranger pour assurer la sécurité alimentaire chez soi.Selon le Fonds International de Développement de l'Agriculture (IFAD), les pays arables comptent pour plus de cinq pour cent de la population mondiale mais moins d'un pour cent des ressources globales en eau. La faible teneur en eau de leur sol rend impossible l'agriculture à grande échelle. La conséquence logique est que les Emirats Arabes Unis (UAE) importent plus de 80% de leur nourriture. Pour se mettre à l'abri des fluctuations de marché, les Emirats Arabes Unis suivis d'autres pays du Conseil de Coopération du Golfe investissent énormément dans les terres agricoles à l'étranger à l'exemple de la Chine. Entre 2006 et 2008, les investissements agricoles des Emirats Arabes Unis à l'étranger se sont accrus de 45%. Ils se placent ainsi 3ème derrière la Chine et la Corée du Sud. En rapatriant la production réalisée à l'étranger, ces comptent non seulement assurer leur sécurité alimentaire, mais aussi réduire les coûts de 25%.


La spéculation sur les terres agricoles à des fins d'investissement. Jadis ignorée du monde non paysan, la terre agricole est aujourd'hui devenue à la fois un enjeu de compétitivité internationale et un instrument financier privilégié. Trouver la terre moins cher, partout où elle se trouve devient le leitmotiv. Quand il y a cing ans, les pays en forte croissance du Moyen Orient et d'Asie ont commencé à acheter les terres agricoles en Afrique, des voix se sont levées pour dénoncer l'accaparement des terres et l'exploitation. Maintement, les fonds souverains, les sociétés d'investissement ou de portefeuille de même que les firmes multinationales s'y sont mis à des fins essentiellement spéculatives. Les investisseurs étrangers semblent être particulièrement intéressés à faire des investissements directs dans la terre, soit par propriété inconditionnelle ou des baux à long terme. Ils sont en quête de ressources (terres et eaux) plutôt que de marchés.


Face à ces enjeux, quelle conduite à tenir pour les pays africains ? La réponse se trouve dans une politique macroéconomique rigoureuse, responsable mais ouverte aux investissements étrangers « désirés » afin de valoriser nos terres et impulser une croissance forte. Trois recommandations concrètes :


Première chose, c'est de réaliser que la terre n'est plus un « commodity », un bien ou un actif ordinaire, mais un patrimoine stratégique comme le port, l'aéroport, l'eau, le pétrole, la forêt et toutes autres ressources naturelles. Elle représente un avantage comparatif important dans le commerce international. Il y a donc lieu d'entreprendre des reformes urgentes et de revoir les codes fonciers dans nos pays pour intégrer cette dimension.


Deuxième chose : pouvoir identifier les acteurs et leurs motivations. Savoir distinguer les spéculateurs des investisseurs agricoles qui veulent la terre pour produire et exporter vers leurs pays et assurer la sécurité alimentaire et bioénergétique chez eux. Il est évident que l'exercice ne sera pas facile parce que les montages peuvent être bien ingénieux et complexes. Le principe de base est que quelle que soit la transaction, elle ne doit pas mettre en péril la sécurité alimentaire à long terme et l'équilibre social du pays hôte. Souvent, ce sont les gouvernements qui négocient les accords d'investissement en toute descrétion. L'opacité qui entoure ces transactions suscite des craintes que ces investissements étrangers ne produisent pas des bénéfices à long terme sur la croissance et le mieux être des populations. Pour cela, il faut mettre en place un conseil d'experts chargés d'étudier toutes les demandes introduites par aussi bien les investisseurs nationaux qu'internationaux lorsque la transaction porte sur des superficies dépassant un seuil, par exemple 1000 ha. Le conseil rendra son avis après un débat public impliquant les communautés concernées. Le risque d'accaparement est immense, ce qui signifie des opportunités sur les gens peu véreux. C'est pour cela que la notion de crime économique devra être introduite dans les législations afin de sanctionner les auteurs ou complices de malversations sur les terres agricoles.


Troisième chose : encadrer ces investissements étrangers et veiller à leur articulation avec les politiques sectorielles. En attendant la mise en place d'un code de conduite au niveau de la CEDEAO, chaque pays devra déterminer les règles régissant de tels investissements, y compris le toilettage du régime foncier, l'inventaire des terres et des sols, les mécanismes d'attribution et les normes pour les arrangements contractuels d'exploitation à moyen et long terme. Presque tous les pays disposent aujourd'hui d'un plan stratégique de développement et d'investissement décliné en feuille de route. Les choix ont été faits après de nombreuses études. Il faut résolument garder le cap tout en restant opportuniste et rigoureux.



vendredi, octobre 15

La norme ISO 26000

Publiée depuis le 1er novembre dernier, la Norme ISO 26000 est relative à la responsabilité sociétale des organisations. Deux petites clarifications pour mieux comprendre la suite.


Qu'est-ce que c'est qu'une norme ou un standard? La normalisation ou la standardisation est le fait d'établir respectivement des normes et standards industriels ou encore un référentiel commun et documenté destiné à harmoniser l'activité d'un secteur. Certains parlent de charte. Par exemple, la charte sanitaire des couvoirs pour le secteur de la volaille. Les normes souvent réalisées par des organismes spécialisés d'Etat ou des organisations créées par les professionnels d'un secteur d'activité donné sont utilisées pour simplifier les relations contractuelles et commerciales et servent à protéger le public ou précisément les utilisateurs ou les consommateurs de biens et services dans une économie de plus en plus mondialisée.

Qu'est-ce que c'est que l'ISO? Les organismes de normalisation sont nombreux. ISO (International Organization for Standardization ou en français, Organisation Internationale de Normalisation) est le plus important organisme de normalisation au monde. A ce jour, l'institution compte à son actif environ 18 300 normes destinées aux entreprises, aux gouvernements et à la société dans son ensemble. Les normes ISO les plus connues dans notre paysage économique sont celles ayant trait à la qualité (9000 à 9099) que l'on retrouve souvent sur les affiches de communication des firmes.

La 33e Assemblée Générale de l'Organisation internationale de normalisation (ISO) s'est réunie à Oslo (Norvège) du 13 au 18 septembre 2010, en présence de 98 comités membres nationaux et de plus de 127 pays représentés. A l'occasion de cette Assemblée Générale, les délégués ont voté à plus de 93%, en faveur de l'adoption du projet de Norme ISO 26000 sur la responsabilité sociétale.

La Norme ISO 26000 présente des lignes directrices pour tout type d'organisation cherchant à assurer la responsabilité des impacts de ses décisions et de ses activités sur la société et sur l'environnement, se traduisant par un comportement transparent et éthique qui:

  • contribue au développement durable, y compris la santé et le bien-être de la société

  • prend en compte les attentes des parties prenantes

  • respecte les lois en vigueur et est compatible avec les normes internationales

  • est intégré dans l'ensemble de l'organisation et est mis en oeuvre dans ses relations internes et externes à l'organisation.

De ce point de vue, cette norme vient combler un vide et renforce la gouvernance des organisations surtout internationales qui, de par leur puissance financière et commerciale, échappent au contrôle des gouvernements. La crise financière récente est passée par là!

Un exemple plus préoccupant et proche de nous est celui des opérateurs de téléphonie mobile qui installent des antennes-relais à tour de bras et de manière anarchique sans tenir compte des effets de leurs décisions sur la santé et le bien-être des populations. A quand les premières certifications ISO 26000 des opérateurs de téléphonie mobile?

Pour l'organisation de certification, l'élaboration de la norme ISO 26000 pose un défi de taille, celui de sa capacité à développer les compétences requises pour pouvoir trancher sur des questions épineuses pour lesquelles le consensus n'est pas acquis, comme celle des dangers que font peser les émissions "types Téléphonie Mobile", c'est à dire le téléphone portable, les antennes relais GSM, l'UMTS ou 3GSM, les ondes Wifi, le Wimax, le Bluetooth, le téléphone sans fil, etc. sur la santé des populations.


dimanche, octobre 3

Le Partenariat Public Privé et son utilité pour la croissance

Une simple recherche sur Google à partir des mots clés "Partenariat Public Privé" fait apparaître le concept 53 millions de fois en 0,24 secondes. Cela donne une idée de l'intérêt que suscite le concept dans la littérature contemporaine. Qu'est-ce que c'est et quelle est son utilité pour le développement et la croissance de nos économies?

Le Partenariat Public Privé (PPP) se définit comme toute activité ou projet entrepris de manière conjointe par un acteur public (l'Etat, le partenaire technique et financier pour le compte de l'Etat ou la collectivité publique) et un acteur privé (une association professionnelle, une société privée - grande, moyenne ou petite - une fondation, un institut, une Organisation Non-Gouvernementale (ONG), etc.) dans le but de fournir un service ou un produit jugé critique aux autres membres d'une communauté ou d'une chaîne de valeur économique. Le secteur public apporte les ressources dont il a la maîtrise et susceptibles de réduire les risques liés à l'activité ou au projet en vue (par exemple, les infrastructures, le terrain, les services de vulgarisation agricole, la garantie financière, etc.) et l'acteur privé, le savoir faire, l'efficacité, la créativité, l'innovation (par exemple, un processus de fabrication, un réseau de distribution, l'expertise, l'accès au financement et au marché, la capacité de mobilisation de ressources, etc.) qui le caractérisent de manière à être compétitif sur les marchés. Il est attendu que le secteur privé prendra le relais pour inscrire l'activité ou le projet dans la durée, l'acteur public jouant simplement le rôle de catalyseur.

L'approche est innovante (basée sur une division des tâches et un partage des risques) et inclusive car elle reconnaît à chaque acteur des atouts spécifiques et les valorise pour assurer des performances supérieures tout en veillant à une répartition optimale des risques entre secteur public et privé, chacun supportant le risque qu'il maîtrise le mieux. C'est donc un instrument qui met en orchestre les leviers essentiels de la compétitivité et de la durabilité: avantages concurrentiels, efficacité, performances supérieures, maîtrise de risques.

Apparu dans les années 90 en Angleterre, cet instrument a permis au gouvernement britannique de confier à des entreprises privées, la mission globale de construire, de maintenir et de gérer des ouvrages et des équipements publics et services concourant aux missions de service public de l'administration. Les avantages sont mutuellement bénéfiques (gagnant-gagnant): la collectivité publique reçoit des services jugés critiques et qui faisaient défaut, les entreprises font des profits, ce qui leur permet de faire des investissements nouveaux et durables.

Depuis, il a pris plusieurs formes en fonction des pays, des secteurs d'activités et des contingences. Dans l'agriculture, on peut envisager les modèles suivants:

  • l'accès au marché: l'état ou la collectivité locale peut aider une firme leader dans la distribution ou la transformation de produits locaux à améliorer la qualité de son produit, à étendre son réseau de distribution dans la région par exemple à condition que cette firme garantisse l'accès au marché pour les petits producteurs pris en otage par les intermédiaires.
  • l'accès aux intrants: l'état ou la collectivité locale peut collaborer avec une association professionnelle ou un groupement ou une firme leader à assurer son approvisionnement régulier en matière première en mettant le partenaire privé en relation avec des groupes de producteurs et en prenant en charge les frais de formation des petits producteurs afin qu'ils adhèrent au cahier de charges du produit et respectent les engagements contractuels. La firme participerait à la mise en place de mécanismes d'accès aux intrants et au financement pour les petits producteurs à travers leurs associations.
  • l'accès au financement: l'état ou la collectivité locale peut collaborer avec les institutions financières par la mise en place ou la prise en charge partielle d'une assistance technique résidente (2 à 3 ans) visant à aider les institutions à développer des produits spécifiques de financement des chaînes de valeurs agricoles jugées critiques pour la sécurité alimentaire des populations (le bétail, la volaille, le riz, le mil, le sorgho, le maïs, les fruits et légumes, le fonio, les tubercules, etc.).
  • l'accès aux systèmes de qualité et de marché au plan régional: la création d'une bourse céréalière régionale en partenariat avec le secteur privé en est une parfaite illustration.

On peut aussi citer des modèles pour l'accès aux semences améliorées (avec les instituts de recherche), à l'information de marché (avec les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d'applications), aux infrastructures de marché et de conservation, aux équipements, etc.

La force du PPP réside dans le fait qu'il n'y a pas de modèles préétablis qui s'appliqueraient à toutes les circonstances. L'instrument fait énormément appel au jugement, à la créativité et aux engagements des acteurs. C'est pour cela qu'il est passionnant. C'est aussi pour cela que je m'intéresse.

Les autres facteurs de succès sont une bonne maîtrise de l'approche chaîne de valeur et des stratégies de marché, de même que la capacité à concilier des intérêts jadis jugés antagoniques: le profit et le développement durable.

lundi, août 16

Nouvelle cartographie de la richesse mondiale

Selon l'OCDE, "le poids économique agrégé des pays en développement et des pays émergents est sur le point de dépasser celui de l'ensemble des pays développés". En 2030, les pays émergents et en voie de développement représenteront plus de 60% du PIB mondial, confirmant ainsi un basculement des rapports économiques Nord/Sud au profit des pays du Sud, jadis non alignés. Les pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil constituent les moteurs du changement, mais sont-ils pour autant les locomotives?

Le rapport semble indiquer que les bonnes performances de la Chine et de l'Inde ont eu un retentissement significatif sur le reste du monde en développement. Il aurait fallu seulement un peu plus de 30 ans pour faire basculer la situation. En 2000, les pays en voie de développement - le terme consacré - ne comptaient que pour 40% dans la création de la richesse mondiale.

En effet, les pays émergents ont des impacts majeurs sur le commerce mondial et la configuration des investissements, créant ainsi des opportunitées nouvelles pour les pays non émergents. Il est évident que seuls ceux qui auront perçu le changement et fait preuve d'anticipation en mettant en oeuvre des stratégies hardies de captation et de valorisation des ressources nouvelles tireront le meilleur profit pour la prospérité de leur économie et de leur population. Les "liens sud-sud", commerciaux, d'aide au développement et d'investissement, sont une source de savoir et de financement de plus en plus importante pour le développement. Pour réaliser des investissements dans nos pays afin de soutenir la croissance et des emplois durables, les options sont aujourd'hui possibles. En d'autres termes, les décideurs ont le choix, ce qui n'était pas le cas, il y a une vingtaine d'années.

La nouvelle cartographie présente aussi l'avantage de préciser le cadre conceptuel et d'analyse. Désormais, on parle de pays développés, de pays émergents et de pays non émergents.

Lire le texte complet:
http://www.oecd.org/document/14/0,3343,fr_2649_33959_45469838_1_1_1_1,00.html

lundi, juin 7

Et si le label de qualité était le sésame

Une question que les développeurs se posent souvent en phase de formulation d'un nouveau programme est par quel bout prendre pour générer des résultats faciles susceptibles d'enclencher la dynamique de succès. Les anglo-saxons appellent ceci le « low hanging fruit » ou le « quick win».


Et si le label de qualité était le sésame ! Actif immatériel, le label de qualité est une proposition de valeur pour le consommateur. Il atteste qu'un produit possède un ensemble de caractéristiques spécifiques établissant un niveau de qualité supérieure à celle d'un produit courant similaire. Il n'a de valeur effective que de par son effectivité ou sa capacité à cristalliser et à satisfaire les attentes du consommateur qui décide de le plébisciter.


Les expériences que nous avons connues dans la région au plan de l'agriculture tendent à en faire un bien public, c'est à dire relevant plus des affaires de l'Etat. Son développement et sa promotion requièrent des moyens qui souvent ne sont pas à la portée des petites entreprises qui le valorisent peu et préfèrent investir dans les valeurs tangibles (machines, équipement, bâtiment, etc.). L'expérience de Madagascar nous invite cependant à une remise en cause de cette approche et démontre que le secteur privé peut valablement investir dans le label pour être plus compétitif sur les marchés et faciliter sur une base commerciale, l'accès durable des petits producteurs dans l'économie formelle et l'amélioration de leur bien-être.


La société privée d'exportation de produits agricoles de Madagascar Faty Export a mis au point et expérimenté dans ses propres exploitations de litchi et d'oignon en 2008 un Référentiel de Développement sous l'appellation Hygiène, Organisation, Restauration de l'Environnement et de Biodiversité (Horeb). Ce référentiel fondé sur une démarche qualité s'appuie sur une analyse des risques, depuis la production jusqu'à la commercialisation et assure la traçabilité des produits selon les exigences des marchés, surtout au niveau régional et international. Pour le litchi par exemple (produit d'exportation de Madagascar), il commence depuis les pieds de litchis, en passant par la cueillette des fruits, le transport et la manutention, la réception et le traitement - conditionnement des fruits.


Le label Horeb est basé sur des indicateurs qui s'articulent autour du Commerce Equitable et Durable, notamment l'amélioration du revenu des agriculteurs et leur bien-être (santé, hygiène, mortalité, etc.), l'augmentation des arbres mis en terre dans le cadre du reboisement et la diminution des arbres abattus, l'accroissement de la demande de produits sous le référentiel Horeb, la hausse des produits aux normes sur le marché local et international.


Grâce au soutien des partenaires techniques et financiers, la société a engagé des actions de promotion du label Horeb à travers la participation aux foires et missions économiques. De son côté, la société a engagé une campagne de sensibilisation en direction des producteurs locaux sur des filières spécifiques et aussi en direction des consommateurs afin de consommer les produits labélisés Horeb.


Le résultat a été immédiat. Le processus a radicalement changé le comportement de tous les acteurs en matière d'hygiène, de sécurité sanitaire et de protection de l'environnement et même de collaboration entre les divers acteurs. Au cours des deux années précédant la mise en place du label, le litchi malgache était classé dans la catégorie du tout venant dans les pays voisins. Les fruits n'étaient pas calibrés et leurs couleurs n'étaient pas identiques. De ce fait, le prix du litchi malgache se vendait très en-dessous de celui de l'Afrique du Sud, soit 50 centimes au lieu d'un euro le kilo. De plus, 5 à 10% du volume exporté était rejeté. Sous l'appellation Horeb, les prix se sont envolés atteignant les niveaux de 3,0 euros le kilo pour les primeurs. De même, l'exportation de l'oignon jadis inexistante a pris de l'envol. Faly Export exporte aujourd'hui vers les Iles Maurice et de la Réunion, l'Afrique du Sud et les Emirats Arabes Unis. Trois entreprises d'importation mauriciennes ont fait confiance à ce référentiel et ont signé des contrats commerciaux de 3.000 tonnes d'oignons avec Faly Export.


Un protocole de production et un accord de partage des bénéfices lient Horeb aux paysans travaillant sous le label. Export Faly s'est engagé à acheter toute leur production. En plus, les paysans qui respectent l'itinéraire technique Horeb peuvent exporter directement sur le marché mauricien, ce qui n'était pas envisageable quelques années plus tôt. L'autre incitation est venue de semences. Grâce à l'aide des partenaires techniques et financiers, la société a acquis des semences améliorées susceptibles d'accroître les rendements et de réduire les pertes après récolte, ce qui en dernier ressort se traduit par une augmentation de revenu pour les petits paysans.


Belle illustration de partenariat public privé (PPP) pour le développement du secteur privé, l'intégration des petits producteurs à l'économie formelle et la prise en charge des problèmes brûlants de sécurité sanitaire des aliments. Un tel projet requiert au préalable la mise en place d'un organisme d'homologation qui généralement manque dans le paysage de l'économie agricole dans notre région.



jeudi, avril 15

L'Afrique milliardaire

L'Afrique traverse le processus de peuplement et d'urbanisation le plus fulgurant de l'histoire de l'humanité. Selon les estimations médianes des Nations unies, l'Afrique au Sud du Sahara gagnera un milliard d'habitants au cours de ces quatre prochaines décennies. Elle sera peuplée de 1,8 milliards d'habitants en 2050, et représentera alors 19% de la population du globe. L'hypothèse de l'organisation des nations unies (O.N.U.) repose essentiellement sur une fécondité forte : 6,5 enfants par femme en moyenne en 1990 à 3,5 en 2025. Fondé par conséquent sur l'hypothèse d'une croissance démographique de 2,8 % en moyenne par an pendant 35 ans, le 1/4 de l'accroissement de la population dans le monde sera africain : soit 800 millions de personnes entre 1990 et 2025 et environ 1,8 milliards en 2050.

Quels impacts cette vigueur démographique aura-t-elle sur les trajectoires économique, sociale et politique de l'Afrique aujourd'hui économiquement marginalisée?

C'est le thème d'un débat lancé par l'Agence Française de Développement (AFD) à l'occasion du cinquantenaire des indépendances africaines.

C'est une problématique qui ne peut que susciter notre intérêt. L'évolution démographique est aujourd'hui encore présentée comme un frein au développement de l'Afrique. A travers le même paradigme, les analyses économiques jusqu`à recemment ont présenté la taille de la population en Asie comme la source principale de la pauvreté et de la vulnérabilité des populations.

A l'évidence, ce que nous observons aujourd'hui est aux antipodes de ce qui est annoncé. L'Asie affiche un dynamisme économique sans pareil dans le monde. Le moment semble-t-il est venu de jeter un autre regard sur nos milliards d'habitants qui peuvent constituer de vrais gisements de croissance si nous savons nous y prendre.

Au premier rang des challenges, se trouve la question de la sécurité alimentaire et du rôle que l'agriculture, en particulier le secteur privé (voir l'article sur le secteur privé agricole) doit jouer pour la transformation économique et sociale de l'Afrique sub-saharienne.